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Photographie, les effervescences d’hier sont à présent sur la voie d’un doux ralentissement…

La frénésie des photos partagées a atteint son apogée. S’il poursuit sa quête de qualité, le créneau de l’image devrait entrer dans une phase de stabilité molle…

 DVSM, 22 octobre 2019. Toutes les réactions sont permises, sauf une, celle d’un éventuel étonnement. Suivant l’exemple des usages nouveaux auxquels accèdent les consommateurs, la sur-utilisation extrêmement classique des premiers temps* laisse désormais la place à des pratiques plus modérées. C’est ce que traduit le baromètre photo réalisé par SocioVision pour le Salon de la Photo. Celui-ci portant sur les « pratiquants », et non sur la population entière, il faut à son décryptage observer un certain recul à propos des chiffres énoncés, comme nous en avions fait la remarque ICI.

Pour la photographie, un grand calme après 20 ans de tempêtes successives est une notion qu’il y a lieu d’ajouter au contexte actuel. Il y a exactement 20 ans, nous avions publié** un numéro exceptionnel faisant état de la montée, encore modeste, de la photographie numérique. L’univers du cliché vient en cette fin 2019 de franchir deux révolutions successives. La première fut celle de la numérisation, que les professionnels et bien d’autres observateurs ont cru pouvoir identifier comme une ultime transformation, déjà très destructrice, puisqu’elle a envoyé au musée des antiquités la presque totalité de l’activité de traitement, tout en remettant à plat (on peut aussi dire à zéro) le savoir des connaisseurs.

Mais ce premier ouragan ne faisait que précéder le second, celui des smartphones, des réseaux sociaux, des Instagram et autres usages qu’a soudain permis l’avènement planétaire du numérique connecté. Ce second cataclysme a propulsé dans le décor à peu près les 4/5 du marché photo « d’avant », lequel avait été fortement dopé par une numérisation à laquelle, après quelques hésitations, tout le monde (à la louche) a voulu accéder.

 En 2009, l’industrie mondiale avait écoulé un peu plus de 103 millions d’appareils numériques. En 2018, à peine plus de 19,4 millions de pièces ont été diffusées.

Fini, tout ce tourment. Et sauf événement totalement imprévisible pour l’heure, rien ne devrait venir perturber dans d’aussi grandes proportions un marché probablement installé dans une nouvelle époque. De cette longue métamorphose, il reste que si l’on vend moins d’appareils photo purs et durs, le public fait bien plus de clichés qu’auparavant. Et pour cause, (conformément à ce que nous avions souligné dans ce spécial « La Nouvelle Image » il y a 20 ans) le cliché est devenu quasi gratuit. Plus de film à acheter, plus de développement et tirage à faire réaliser au labo du coin. Les tirages de clichés numériques (souvent sur bornes automatiques) et les livres photo, en dépit de leur très bon succès, ne représentent plus qu’une goutte d’eau comparés aux océans d’activités que générait l’argentique.

Une évolution n’arrivant jamais seule, celle des smartphones elle-même s’est clairement manifestée depuis quelques saisons. Largement pourvus, les consommateurs en achètent moins, d’autant plus que même les modèles d’entrée de gamme proposent des performances plus qu’honorables, même en ce qui concerne les prestations photo. Sous le poids des habitudes, les 62% de « pratiquants » de la photo qui, il y a un an, affirmaient le côté passion de leur pratique photo, ne sont plus que 58%. Plus significatif encore, un repli significatif est observé pour les clichés symboles de cette époque du cliché connecté, les selfies. Ceux-ci ne pèsent plus que 19% dans les prises de vues réalisées, loin derrière les images de la famille « paysages et nature » (38%) et celles consacrées au duo « famille et amis » (28%).

L’observatoire souligne dans ce sens que la facette des photos à montrer ou partager s’émousse, alors que se consolide celle de l’activité photo en terme de loisir à part entière, individuellement réalisée. Et dès lors, inutile de s’étonner que parmi les souhaits de ces pratiquants, la part (77%) de ceux qui souhaitent améliorer leur technique n’a jamais été aussi dominante. En résumé, l’observatoire évoqué résume une tendance finalement plutôt réconfortante, de la photo un peu moins, mais beaucoup mieux…!

Source DVSM

* Toute acquisition d’un nouvel équipement, comme tout accès à un nouveau service, se traduit par une utilisation intense des premières périodes de possession ou de mise en œuvre, puis entre dans une classique utilisation plus routinière.
** Notre édition spéciale intitulée « La nouvelle image » à cette occasion diffusée fin 1999 en kiosques et points de vente presse.

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