Accueil / Actualité / A détroit, l’automobile abandonne l’hiver pour l’été….

A détroit, l’automobile abandonne l’hiver pour l’été….

Encore un salon qui chancelle et ose plus qu’une métamorphose pour ne pas sombrer. Et ceci n’est pas sans rapport avec l’électronique numérique…

 DVSM, janvier 2019. Dimanche 27 janvier, c’est sur bien plus qu’un événement qu’est tombé pour la dernière fois le rideau. Au cœur de Détroit, qui a au fil des décennies été considérée comme la capitale américaine (et au-delà) de l’automobile, le « North America International Auto Show », NAIAS pour les familiers, a bouclé sa 31ème édition en rappelant et confirmant son nouveau rendez-vous. Il est fixé en 2020, au même endroit, mais ouvrira ses portes le 8 juin. Ce changement de date est un séisme d’une portée considérable, car il fait trembler ce qui était le symbole de l’industrie des biens d’équipements, indissociable de ce que le 20ème siècle avait construit, et que le 21ème semble détricoter irrémédiablement.

Detroit, salon 2019, on se gèle et ça glisse pour aller au salon… Comme d’hab…!

Quelle différence s’observe en ce petit coin du pays de l’Oncle Sam entre janvier et juin…? Cela peut aller jusqu’à une cinquantaine de degrés Celsius…! Mais ce n’est naturellement pas pour la météo que celui que l’on baptisait par simplification « Salon de l’Automobile de Détroit » opère ce changement, qui s’inscrit dans le sillage des turbulences qui affectent de nombreux autres grands moments (décalage de la Photokina, fin du Cebit, en Allemagne, par exemple). Encore faut-il souligner qu’aucun changement de lieu n’est envisagé. Rod Alberts, patron de l’événement, estime en substance que « Detroit reste l’endroit idéal pour dévoiler au plus grand nombre les superbes innovations que les constructeurs conçoivent sans relâche« . Ne serait-ce que par l’empreinte de l’histoire…

Une histoire que l’on devrait écrire avec un « H » majuscule. Avec les « headquarters » et les unités de production des géants, Ford, General Motors et Chrysler (et leurs nombreuses marques*) cette cité fut en effet l’une des plus actives de l’Amérique du Nord. Mais dès le confluent des années 70 et 80, les choses ont commencé à changer. Les automobiles japonaises ont progressivement débarqué sur le continent, recueillant un énorme succès en compétitivité comme en fiabilité. Les trois mastodontes déjà cités ont, mauvaise idée, réagi en délocalisant leurs productions vers l’Amérique latine, consolidant les finitions médiocres tout en plongeant la ville au fil des ans dans une léthargie que même les succès de la Tamla devenue Motown n’a pas pu sortir. Déchéance industrielle, atmosphère décadente mêlant chômage et travers pour une société désœuvrée, cette évolution révélait aussi de la part des dirigeants du cru une analyse imparfaite de la concurrence née d’un monde de plus en plus ouvert. Croit-on, quand on est puissant, que c’est pour l’éternité…?

A présent, l’Amérique du Nord n’est plus l’endroit où l’automobile rencontre son futur. Entre les développements de Tesla Motors (en pleine Silicon Valley), le Japon, la Corée du Sud, la Chine, sans oublier l’Allemagne, le maître des horloges n’est plus logé dans l’Etat du Michigan, mais sur la planète terre. Comme dans de nombreux autres domaines, les industriels, qui ne peuvent honorer tous les salons de tous les pays sur tous les continents se doivent de rationaliser leurs calendriers.

Il se dit, de surcroît, que le CES (Las Vegas), où l’univers TV-vidéo-son a perdu beaucoup de son entrain, a tendance pour remplacer ses exposants disparus à attirer des constructeurs d’automobiles fiers de leurs prouesses technologiques imprégnées de numérique, d’écrans, l’intelligence artificielle. Une ombre et une proximité calendaire insurmontables désormais. Comme le Mondial de Paris, le NAIAS, qui revendique le titre d’événement le plus influent au monde dans le domaine de l’automobile, a vu cette année un nombre respectable de ses exposants habituels bouder le rendez-vous. Ce sont au moins quelques nuits à -16° d’évitées, ont dû se dire bien des commerciaux restés chez eux,préférant le chaud au show. L’organisateur choisit donc de se livrer à cette téléportation temporelle dès l’année prochaine. Comme le rappelle une maxime souvent vérifiée, il faut parfois risquer la mort pour ne pas mourir. YD

* Et les innombrables « inspirations » que les modèles nés à Détroit (certains parlent de copies pures et simples) qui ont volé avec le Gulfstream jusqu’aux bureaux de design des industriels du Vieux Continent…

Source DVSM

A voir

Vendeurs(euse) robotisés(ées), et l’homme dans tout ça…?

La vision supposée futuriste d'un commerce sans vendeur et sans caisse inonde les chroniques...