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Automobile, délire sur les SUV. Quand le poids des mots dépasse le poids des autos.

Les SUV portent un chapeau qui n’est pas à leur taille. Ce style actuellement en vogue n’est en rien le cluster d’une pollution aussi redoutable qu’affirmé. Il s’inscrit même dans la ligne de plus en plus propre du monde de l’automobile, même sans l’apport de l’électricité.

 DVSM, 8 octobre 2020. A attaquer sur des bases techniquement contestables, tout organisme ou entité ne risque que le ridicule. L’offensive de certains groupes d’influence tendance verdâtre à l’égard de ces véhicules entrant dans la catégorie des SUV est le prolongement d’une arrivée sur le marché, il y a un peu plus d’une quinzaine d’années, de ce que le public baptisait de l’expression « gros 4×4 ».  Comme une réplique à la ligne britannique du Range Rover, un tout terrain de luxe, apte au franchissement comme aux moyennes très soutenues sur autoroutes dans un confort princier, est sortie des usines Porsche le Cayenne, aussi généreux sous tous les angles, y compris la consommation de son gourmand V6 (ou V8). Mais dans un style « outre-Rhin », très différent de celui de la contrée de sa Gracieuse Majesté. Une sorte de réédition d’un produit pour ceux qui aiment Mercedes plutôt que Rover, Audi plutôt que Jaguar. Déclinés de ces objets pour tirelires en surpoids, une tendance un peu imitante s’est depuis développée à des niveaux de gammes plus accessibles et même très grand public.

Ce concept ne s’est pas installé à la place des berlines, mais s’est doucement inscrit en tant que successeur d’un monospace dont le style, après avoir été vu et revu, commençait à se démoder. Ce dernier, dont l’invention est revendiquée par l’alliance Matra-Renault avec l’Espace*, a eu tant de succès qu’il s’est déployé chez pratiquement tous les constructeurs, en variétés grandes, moyennes et compactes (n’entrons pas ici dans la farandole des classes chères à l’industrie). Or, n’en déplaise aux écolo-contestataires, ce mouvement ne doit rien ni à un goût du luxe, ni à une envie d’épuiser au plus vite les richesses terrestres en huile de roche, mais à des réalités fort terre à terre rencontrées par les consommateurs. De quoi résumer en trois axes les raisons de cette lente métamorphose des véhicules.

Famille et commerce. Quand le monospace apparaît, au début des années 1980, les ménages sont désormais très nombreux à compter plusieurs membres, un couple et des enfants. Et à cette époque, la distribution en périphérie des villes devient prépondérante. On ne va pas à l’hypermarché ou au centre commercial s’approvisionner pour 4 à 6 personnes avec le coffre devenu bien exigu d’une berline, encore moins avec une simple citadine. Le volume (ou plutôt l’espace…) est aussi le bienvenu quand sonne l’heure des vacances. Si tant de foyers se sont dotés de monospaces, c’est pour leur côté mode et aguicheur, mais aussi et surtout pour leur utilité.

Mieux nourri, l’homme a grandi, l’auto aussi. Pour se loger sur les sièges d’une 2CV Citroën, il ne fallait pas être trop corpulent. Avec 1,49 mètre de large (et pas beaucoup plus pour les véhicules de la même époque), s’installer dans de telles anciennes, qui pour autant ne manquent pas de charme, il ne faut pas négliger les solutions façon Comme j’aime. Sans doute grâce à une nourriture plus riche, après les années difficiles d’après-guerre, les individus ont pris de la hauteur et de la largeur. L’industrie du vêtement a, face à cette évolution des morphologies, été contrainte de faire comme l’automobile : restructurer ses tailles.

Sécurité active et passive. Certes, pour se mettre en conformité avec les mensurations usuelles de la génération nouvelle, l’automobile a pris du tour de taille et du poids, sous forme de SUV comme sur les autres variétés. Ce qui n’a pas empêché les industriels d’en diviser la consommation par des facteurs énormes. D’ailleurs, la consommation pétrolière qui frisait en France les 100 millions de tonnes en 1980, n’en était plus qu’à 73 millions en 2019, avec un parc automobile ayant presque doublé (en partie grâce à la montée en flèche du multi équipement des ménages)**. Mais cette prise de poids a aussi été motivée par une autre évolution, celle de la sécurité. Pour créer des habitacles qui ne se déforment plus autant, qui freinent mieux et sans dévier, qui permettent de rouler au calme, sans courant d’air (grâce à la climatisation que certains n’oublieront pas de critiquer « vertement »), vitres non embuées, etc., il n’était pas possible d’atteindre des résultats satisfaisants sans entraîner un alourdissement. Attribuer au luxe ce qui permet de sauver des vies est non seulement une contre vérité, mais un argument indigne.

Enfin, à l’aide de quelques chiffres choisis avec un malicieux dessein et d’une mauvaise foi à la hauteur de certaines ignorances, ont été propagées des comparaisons qui ne grandissent pas ceux qui en font usage. Du reste, selon le principe connu, il est possible de faire dire ce que l’on veut à des données chiffrées, même affirmer ce qui est contraire à la vérité. L’un des derniers SUV dévoilé par un constructeur vient souligner que cette dénomination n’est en rien synonyme de pollution grand luxe. Il s’agit d’une nouvelle version du Duster de Dacia, du groupe Renault, lequel est doté (comme toute la nouvelle gamme) d’une carburation au GPL, carburant aux rejets nuls. Cette volonté aux contours hargneux visant à faire passer les SUV sur la balance en préambule fiscal est une idée qui ne fait pas le poids.

* En fait, suite à une genèse moins simple, avec des chromosomes d’origine diverses.
** Un peu moins de 21 millions en 1980, plus de 39 millions en 2018).

Source DSVM

 

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