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CES 2019, le révélateur morose d’un changement d’époque ?

Ça tourne plus en rond que ça ne tourne rond du côté de ce que certains désignent sans précaution le salon des innovations.

Mais les organisateurs du rendez-vous annuel dans le Nevada n’y sont pour rien.

 DVSM, janvier 2019. D’année en année, les échos du CES font de plus en plus penser à ces moteurs qui doucement se noient ou se grippent. Certes, l’ambiance y était. Une animation vibrante régnait, mêlée à un optimisme peut-être un peu forcé. Il le fallait bien. Mais derrière cette apparence, la réalité toute nue se dissimule mal. Sévère, cette appréciation…? Non, simplement objective. A bien y réfléchir, rien de ce que nous voyons dans ce salon comme dans beaucoup d’autres n’échappe à une évolution parfaitement logique. La révolution ne se déclenche pas tous les matins.

Tout le monde rêvait de téléviseurs dotés de grands écrans plats…? Ils sont là, depuis désormais des années, banalisés, intégrés dans la vie courante. Tout un chacun fantasmait sur un futur où joindre ses proches partout où ils sont, s’échanger des photos, des vidéos, se voir en direct et en couleur serait possible, facile et peu coûteux…? Ce futur est devenu un présent lui aussi largement banalisé. Il en va de même pour la quasi-totalité de ce qui est présenté lors des rendez-vous liés à la technologie. Certes, l’ébahissement reste toujours bien réel lorsque des usages, qui étaient dignes de la science-fiction il n’y a que quelques saisons, fonctionnent sans broncher sous les yeux des utilisateurs. Mais cela n’a plus rien à voir avec l’innovation. Ne s’émerveille-t-on pas encore lorsque décolle prestement un Boeing 747, gros porteur dont le premier exemplaire avait fait sensation au salon du Bourget, il y aura pile 50 ans* cette année (et alors que ce mastodonte est en fin de vie, doucement relégué vers des compagnies modestes, ou vers les démolisseurs)…?

Donc, quand ce que l’on a inventé existe, on ne le réinvente pas une nouvelle fois. Les évolutions, parfois avec imprudence qualifiées de progrès, ne font pas le même effet. Qu’il soit plan, un peu convexe, LED ou OLED, pour le consommateur, la révolution n’est plus là. Même l’ascension permanente en définition ne mobilise pas autant les tentations qu’ont pu le faire les transitions entre cathodique, LCD, numérique, HD, FullHD, etc… Le summum de la qualité qui est supposé détrôner le summum de la qualité d’il y a deux ou trois ans, ça ne marche plus. Les médias ont beau multiplier comme une ritournelle qui s’use des formules telles que « voici le téléviseur de demain » ou encore « voilà ce que sera la maison du futur », tout cela vire à la répétition, et tombe dans la rengaine.

A la manière d’un remède à une ficelle qui s’use, les organisateurs ont multiplié les axes sur lesquels s’exposent les participants. Un peu comme jadis à la Samaritaine, on trouve de tout au CES, ce qui a pour effet de morceler le thème de l’événement en secteurs sans grand rapport les uns avec les autres. Une atomisation qui scinde également le visitorat en une cohabitation de catégories de professionnels n’ayant même pas forcément la perspective de travailler les uns avec les autres. Qui trop embrasse mal étreint…!

Vient de surcroît, comme pour tenter d’occuper le devant de la scène, la galaxie des élaborations à partir de la connexion et des objets. Et celles des jeunes pousses impliquées dans ce mouvement. Quantités de créateurs, armés d’une foi bien plus robuste que celle du charbonnier, mais hélas pour beaucoup accrochée à des projets d’où naîtrons plus de pauvres échouages que de montées au firmament. Et, tel un enchevêtrement de fils supposés conducteurs, les projections d’un futur numérisé se côtoient, défi pour le catalogue des souvenirs dont il serait opportun de brosser une synthèse.

Bien compris, la santé va bénéficier des apports du numérique. Elle constitue même l’un des axes forts de cette numérisation de la vie. Mais nous ne sommes plus dans la trajectoire de cette électronique qui a vécu, et même fort bien vécu, en s’inscrivant dans le périmètre des loisirs. Nous n’y sommes pas davantage avec une serrure qui réagit à un code transmis en « sans contact », ni avec une automobile autonome, pas plus qu’avec d’innombrables créations dignes d’une noce inattendue entre Concours Lépine et Géo Trouvetout.  

Pour un professionnel de la distribution, le sentiment d’une « après-révolution » risque d’autant plus de se faire sentir que derrière le spectacle, se profile une interrogation logique et vitale, « que va-t-on vendre désormais…? » Heureusement, les télés ne sont pas immortelles, les smartphones n’aiment pas tomber par terre et, tôt ou tard, tout utilisateur finit par en avoir marre de toujours utiliser les mêmes vieux machins qui, c’est déprimant, ne le grandissent pas aux yeux d’un beau-frère venu dîner à la maison.

Dans le renouvellement, se glisse l’atout du neuf, récent, plus beau, etc. Mais au-delà, force est de le constater, une immense période s’estompe doucement, et pour l’heure, rien de réellement significatif n’est en mesure de prendre la relève. Patience, d’ici un demi-siècle (durée de vie réelle du cathodique, d’abord monochrome puis coloré), d’autres révolutions viendront… Pour l’heure, on renouvelle, ce qui n’interdit ni les ventes, ni même les montées en gamme. Seul le lyrisme de maints chroniqueurs et la durée de vie de certains évènements sont sur le fil du rasoir.

* Premier vol en février 1969.

Source DVSM

 

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