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Commerce d’hier et de maintenant, fausses analyses et jugements non fondés.

Plus d’un demi-siècle après l’apparition des hypermarchés et de centres commerciaux, des vieilles rengaines reviennent, renouant avec le statut de destructeurs et prédateurs du « petit » commerce dont on les affublait volontiers, par simple ignorance. Quelques réalités doivent être remises en exergue.

 DVSM, 9 juillet 2021. « On a vu les emplois qu’ils ont créés, mais pas ceux qu’ils ont détruits…! » Voici l’exemple parfait de fausses vérités, éculées, qui remontent soudain à la surface médiatique. Cette vision du terrain, fort profane, occulte un ensemble de réalités qui se sont effacées des mémoires ou n’ont pas encore été assimilées par une population, pros et public inclus, trop jeune pour avoir connu des époques déjà lointaines. Amorcée dans les années 1950, et développée au cours des deux décennies suivantes, la révolution du commerce ne s’est pas limitée à cette facette supposée destructrice trop souvent attribuée à l’appétit sans limite du grand commerce (qui, certes n’est pas parfait, mais c’est un autre sujet).

La première cause structurelle de cette modification se situe dans l’action des élus et autres hauts responsables, qui n’ont pas su gérer le tourbillon de la périurbanisation. L’après-guerre et sa puissante vague démographique, accompagnée d’une explosion de la consommation, a nécessité la création massive de logements, qui ne pouvaient pas être construits dans les villes déjà existantes. Sans doute privés d’une culture élémentaire autre qu’électorale, entre autres lacunes, les élus évoqués n’ont absolument pas vu venir cette montée en puissance des périphéries, alors que des exemples plus anciens, notamment outre-Atlantique, auraient permis de l’anticiper. Ils ont ainsi laissé filer les nouvelles structures commerciales hors des zones urbaines centrales. Ils les en ont même chassées. Cruelle option…! Notons qu’en Allemagne, par exemple, le grand commerce a au contraire pu s’installer dans ces centres de villes, y maintenant un dynamisme bien réel, repoussant les acteurs de périphérie dans une proportion très réduite, jusqu’à nos jours.

Autre fait majeur, le grand commerce a généré un bouleversement social sans précédent. Car parallèlement à l’extension des périphéries urbaines, un élément aura pesé pour une part au moins égale, et peut-être même plus importante, dans la métamorphose du tissu commercial. Au cours de cette même période, le commerce s’est organisé et structuré. L’union fait la force, dit-on. Ce n’est nulle part plus réel que dans l’activité de distribution. Progressivement, se sont développés des formules participatives, des centrales ou groupements d’achats et autres concepts du même esprit (naturellement adoptés d’emblée par le « grand » commerce). Certes de tels modes de fonctionnement n’étaient pas nouveaux, la notion de « succursales multiples étant bien antérieure. Mais devenant plus puissant que jamais dans une France du commerce où jusqu’au début des années 1970, nombreux étaient encore les commerçants dits « en nom propre »*, le « passage en société » (SARL en général) étant parfois abordé avec méfiance (et accompagné de frais de mutations -fiscaux- décourageants). Dans ce contexte, les nouvelles structures commerciales, supers, Hypers, GSS, ont permis une migration d’un monde d’entreprises familiales, dans lesquelles les épouses travaillaient souvent « pour du beurre », vers des emplois tous salariés, avec une vraie couverture maladie, de vraies retraites, puis des droits au chômage**. Longtemps, on a vu des commerçants poursuivre jusqu’à des âges très avancés, 70, 75, voir 80 ans, sans doute par passion pour leur métier, mais surtout par l’absence d’une retraite décente.

Malencontreusement, la grave contre-performance des élus et responsables évoqués plus haut va plus loin. En comparant encore avec notre voisin allemand, où l’activité des centres de villes a été largement prioritaire par rapport à l’élaboration de zones piétonnes et autres exercices de satisfaction visuelle, nos municipalités ont conduit nombre de ces commerçants, quel que soit leur statut juridique, à la ruine pure et simple. Pour ces professionnels, les emplacements où ils exerçaient leurs activités ont progressivement perdu de leur valeur, au fur et à mesure de l’évasion des clientèles vers les périphéries. Catastrophe consommée…! (Alors qu’un magasin en pleine ville, situé près d’un géant de la distribution outre-Rhin, est un véritable atout). Car ce « pas de porte » ou même ce local avec les murs, qui représentait une capitalisation pouvant par sa cession assurer un train de vie à l’heure de la retraite, n’intéresse désormais plus personne. Dans de nombreuses ex-rues commerçantes de notre France pittoresque, il ne vaut plus rien. Pour beaucoup, ce sont les économies d’une vie qui se sont ainsi envolées. Salariés, les équipes de ce grand commerce trop souvent décrié n’ont pas ce souci.

Entre mille et une composantes ayant influé sur le commerce au cours des sept décennies passées, il faut aussi mentionner l’importance d’un regroupement de la plupart des approvisionnements nécessaires à la vie quotidienne en un lieu facilement accessible. Au fil des ans, pour une existence plus palpitante, émancipation, et pour s’offrir un train de vie correct, les femmes se sont mises au travail. La périurbanisation a de son côté accompagné l’essor de l’automobile. Un couple au turbin toute la semaine a besoin d’un lieu commode pour effectuer ses achats hebdomadaires. Si les centres de villes n’avaient pas été stupidement laissés partir dans un inéluctable et prévisible dépérissement, rien n’interdirait à cet endroit nécessaire, lieu de concentration et d’accès commode d’y être implanté.  Au fait, n’est-il pas inutile de pleurer sur le lait renversé…?

Source DVSM

* Simplement inscrits à titre personnel au registre du commerce. ** La couverture sociale des commerçants, artisans et indépendants a longtemps été si squelettique qu’elle en était une honte, dans un pays qui ne cesse de s’auto glorifier d’une supposé statut de 5ème ou 6ème puissance économique mondiale.

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