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Commerce: « essentiel », leçon inattendue de vocabulaire dans la confusion virale.

Au fil des semaines et des mois, ce mot jadis anodin est devenu pour les professionnels de la distribution un cruel étalon de leur utilité, plus ou moins intensément perçue par la société. Cinglant…!

DVSM, 28 décembre 2020. Derniers jours de la seconde décennie du nouveau siècle*. Voilà une décennie qui ne finit pas trop bien…! L’essentiel, le mot, n’a jamais eu autant de facettes dans sa signification. Avant, quand aucun virus n’était venu perturber à ce point la vie quotidienne, il servait à isoler le seul passage important d’un interminable discours. Ou la très brève intervention d’un locuteur allant « à l’essentiel ». Ou encore à désigner le minimum vital pour certains, déjà l’amorce d’une relativité aux contours infinis. Entre l’essentiel pour une famille aisée dans la région de Dallas en été, disposer d’une climatisation en bon état de fonctionnement, ou l’essentiel pour des nomades dans les régions quasi désertes de Sibérie, avoir du bois pour ne pas geler sur place et de quoi manger pour survivre, se dessine l’embryon d’une hiérarchie propre à chaque individu.

Pour un exploitant d’établissement de commerce, l’essentiel est de réussir à recueillir assez de recettes pour ne pas tomber dans le négatif. Notion subitement confrontée à celle envoyée à la cantonade par des responsables paniqués par une épidémie galopante, cherchant au prix de n’importe quel sacrifice, à faire en sorte que les individus restent assez loin les uns des autres. Noble panique aux revers manquant hélas de la moindre des noblesses dans une société dite solidaire. Car l’essentiel est devenu le résumé de « ce dont vous pouvez vous passer momentanément« . (qui peut vite devenir : « ceux dont vous pouvez vous passer momentanément« ). Remarquez la subtile irruption d’une… essentielle notion de temps. Tout change dans le « ce dont vous pouvez vous passer », selon que la période n’est que de quelques jours, voire quelques semaines, ou déjà presque une année entière. Après un « bon moment », qui devient « un bien trop long moment », l’essentiel a changé. Il ne peut plus se résumer à l’achat de pâtes alimentaires et de papier toilette.

Comble de malheur, le langage est une sorte d’accumulation de vases communicants. De produits essentiels, il a dérapé d’une manière inévitable à la notion de commerces essentiels. Inconfortable transition qui est, faut-il le préciser, partagé par d’autres nations ou régions francophones. En Belgique, au Québec, le même piège de l’adjectif maudit s’est aussi douloureusement refermé sur d’intolérable sous-entendus que chez nous. N’accablons donc ni Olivier Véran, ni Jean Castex sur ce point. Ils ont bien d’autres choix sur lesquels ils risquent d’avoir à se justifier. Mais les dégâts sont là. Des commerçants ayant choisi de se lancer dans des carrières qui, ne le dissimulons pas, impliquent bien plus de prises de risques personnels que la plupart des autres métiers**, ont compris. Ils sont dans les supposés essentiels, dans les « dont on peut se passer ». N’est-ce pas une ségrégation involontaire, mais doucement assumée, puisqu’elle tend à se prolonger…? Paradoxe, pour ces pros de la « distrib », l’essentiel, ce sont tous les autres, les clients. En fait, tout le monde, incluant même ceux qui, forcément de plus en plus nombreux du fait de la prolongation du phénomène viral, supportent de moins en moins ces notions d’essentiel ou pas. Le pire étant que l’essentiel de chacun soit délimité par d’autres, d’une manière administrative. L’essentiel serait d’en sortir. Vite…!

* Tout comme l’an 2000 était la dernière année du XXème siècle, et non la première du XXIème, puisqu’il n’y a pas d’année « zéro ».
** Choix partagé par l’auteur de ces lignes, qui peut en témoigner utilement.

Source DVSM

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