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Crises et démographie: le facteur prépondérant sur la consommation souvent oublié.

Rien n’est plus parlant que le baby-boom qui s’estompe doucement pour rappeler que les variations quantitatives et structurelles des populations induisent à elles seules des répercussions d’ampleur sur la vie économique et sociale, et donc sur le commerce.

 DVSM, 19 octobre 2020. Au-delà des pandémies, des chocs pétroliers, des crises monétaires à grande échelle, des turbulences géopolitiques, des troubles sociaux et des catastrophes naturelles, une population qui grandit ou régresse ainsi que des tranches d’âges qui se modifient, induisent des comportements et des usages eux-mêmes en profondes et multiples mutations. Bizarrement, ces facteurs sont rarement évoqués au gré des études et analyses qui pourtant pullulent. Le présent et les événements perçus de manière aiguë semblent occulter des tendances lourdes maladroitement non prises en compte. Par exemple, à l’heure présente, l’impact du commerce en ligne (seulement 3% du principal marché qu’est l’alimentaire) est très fréquemment dénoncé au cœur de ces chroniques comme source principale de certains déboires de la distribution, alors que les habitudes qui se transforment pour des personnes devenant septuagénaires et vivant de plus en plus d’une manière solitaire ne sont même pas mentionnées.

La courbe de la natalité en France a commencé à monter en flèche dès 1946 et surtout 1947. Il faut quelques mois pour que se concrétisent les unions et se fassent les bébés. En cette fin d’année 2020, ultime de la seconde décennie depuis l’an 2000, tous ces natifs de 1946 (et même du début des années 50) sont entrés ou entrent dans cette catégorie des 70 ans et plus. Un effet qui se perçoit souvent comme ultra rapide, d’abord parce que ce chiffre « 7 » en terme d’âge n’a rien d’innocent. Comme le souligne ce raccourci parfois entendu : « Il ne faut que 10 ans et 2 jours pour passer du statut de quinquagénaire, encore associé à la « force de l’âge », à celui de septuagénaire, de plain-pied dans le début de la vieillesse. » C’est en 1976 que la courbe vigoureuse de l’après-guerre s’est pour la première fois orientée à la baisse elle aussi en pente raide. Une population qui en arrive au milieu de la quarantaine, et ne sera donc plus dans les citoyens en passe d’alimenter la natalité. En outre, il faut aussi souligner que les 7 à 800.000 naissances annuelles enregistrées dans un Hexagone qui, il y a 6 à 7 décennies, comptait entre 45 et 50 millions d’âmes n’ont pas le même impact que 700.000 naissances dans une nation de 67 millions de ressortissants.

Quant aux analyses, ne seraient-elles pas restées dans l’impasse depuis fort longtemps…? Indice révélateur: vers 1966-1967, l’afflux des jeunes garçons aux portes du service militaire tourne à la cohue. Que peut-on en faire…? Déjà, à cette époque, le bon vieux conseil de révision, passage en petite tenue pour voir qui est apte, est supprimé. Et les décisions de réformes définitives se multiplient. Qui, à ce moment, et dans un examen prospectif, associe cette affluence à celle qui pourrait surgir sur le marché de l’emploi…? Rares comme les éléphants au pôle nord. Inimaginable, alors que le pays ne compte que 400.000 chômeurs…!

Quel fut donc le poids de la démographie dans l’évolution du chômage au cœur des années 70, alors que la montée soudaine du nombre des « sans-travail » (il faut attendre 1976 pour que le cap du million soit atteint) est vite fait essentiellement attribuée aux effets de l’inflation et des chocs pétroliers. C’est dans cette ambiance que le pouvoir décide de multiplier les centrales nucléaires et de créer des indemnités pour ceux qui n’ont plus d’emploi, avec un taux qui frise le banco au casino: 90% du salaire brut pendant un an…!

Les besoins en repli chez les personnes relevant de tranches d’âges plus avancées et prenant du poids dans le total de la population, souvent évoqués dans nos pages, constituent un facteur à lui seul susceptible de mettre en évidence des excès d’il y a quelques années en matière d’équipement commercial (envolées aveugles jusque dans les autorisations). Moins que leur concept, les arthroses des genoux et  les douleurs lombo-sacrées suffisent à expliquer pourquoi certaines franges de clientèles renoncent à fréquenter autant qu’auparavant les très grandes surfaces.

Et maintenant…? La crise de la Covid* qui bouleverse le monde et brouille toute vision du futur, ne devrait pas dissimuler une réalité avec laquelle il faudra peut-être composer. Ces septuagénaires auront passé le cap de leurs années « 80 et plus » dans deux décennies. Même dans les abords du quai Conti à Paris, la théorie de l’immortalité semble n’être que faiblement appliquée. Il est possible que l’Hexagone entre dans une situation que connaissent déjà certains pays, avec une population en diminution et vieillissante. Sur le plan international, la silhouette d’un défi se dessine, que certains observateurs annoncent, souvent dans un vide acoustiquement sidéral. Notons par anticipation que si les smartphones de la 6G font de moins bon scores que les générations précédentes, cela ne sera pas forcément lié à des performances insuffisantes.   

* Certains affirment que cette pathologie devrait être du genre féminin. Si la maladie est souvent féminine, comme la rougeole, la grippe, la scarlatine, la gastro, elle sait aussi se manifester dans le genre dit opposé (mais plutôt complémentaire), comme le scorbut, le tétanos, le psoriasis ou le rhume des foins. Pour ne vexer personne, optons pour « le » les jours « pères », et « la » les jours « mères ».

Source DVSM

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