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Distribution, grande, petite : sa méconnaissance produit des effets détestables.

Un peu de lumière sur un monde du commerce bien mal connu par le public et les décisionnaires semble indispensable, pour éviter des « catalogages » proches d’une insupportable discrimination par ignorance.

 DVSM, 5 novembre 2020. Fermer le « petit » commerce, réputé « de centre-ville », et laisser la « grande distribution » ouverte est injuste. Mais l’inverse, que certains préconisent (donc fermer les grands et laisser les petits ouverts), n’est pas une solution plus juste et plus élégante. Grands ou petits, tous les commerces sont des entreprises où des individus travaillent pour gagner leur vie. Fermer certains rayons dans les grandes surfaces revient à priver de travail ceux qui les animent, en supposant que, les établissements étant grands (ou appartenant à des « groupes »), ils ont forcément les moyens de rémunérer du travail non effectué, puisque interdit. Étrange manière de considérer la gestion, à laquelle il conviendra de repenser si certains de ces grands points de vente sont conduits, dans un délai plus ou moins bref, à réduire leurs effectifs, suite à des pertes accumulées.

L’expression « grande distribution », dont nous avons plusieurs fois souligné le caractère quasi insultant qu’elle prend dans certains propos, révèle une très grande méconnaissance de ce que sont les structures de la distribution. Dans un amalgame commode avec les notions de « grandes enseignes » et… moins grandes, il est totalement oublié que de très nombreux points de vente surmontés de l’un de ces noms connus de tous sont en réalité les affaires personnelles d’entrepreneurs franchisés, qui travaillent, comme on le dirait familièrement, « avec leurs propres billes ». Ainsi, à titre d’exemple, de nombreux magasins à l’enseigne Darty sont de cette catégorie (environ 300). Les engagements liés à leurs contrats de franchises supposent des coûts non négligeables, et des engagements qu’ils gèrent d’une manière individuelle. En cas de soucis graves, ce sont bien des professionnels qui risquent ce que risque tout commerçant indépendant, qu’il soit en ville, en zone commerciale ou en galerie marchande.

Le public, et de nombreux hauts responsables (comme de très nombreux observateurs) semblent imaginer pour bien des commerces des dimensions et surfaces financières fort éloignées de la réalité, selon ce que les événements récents nous apprennent. En France (comme dans de nombreux pays) les structures des entreprises sont publiques et consultables, et il suffit de les parcourir pour constater que, par exemple, de nombreuses moyennes surfaces alimentaires ne sont que des affaires « à taille humaine », véritablement PME ou TPME, parfois même sous des statuts de sociétés uninominales*.

Une remarque doit aussi s’ajouter à ces notions, concernant l’équilibre financier, et les conséquences d’une fermeture telle que la vit le distribution suite au confinement. Les résultats des sociétés montrent qu’en fin d’exercice, les profits qui subsistent ne représentent que quelques points en pourcentage des recettes (chiffre d’affaires). Certains groupes majeurs sont très satisfaits quand ils annoncent 3, 4, voire 5% de profits « après impôts » et après « avoir tout payé ». Cette simple précision suffit à mesurer l’ampleur des dégâts économiques que représente la perte des recettes de deux mois tels que novembre et décembre qui, du fait de la saisonnalité (fortes ventes de fin d’année), peuvent peser entre le quart et le tiers (bien plus dans quelques créneaux comme le jouet) du CA annuel.

Est-ce trop osé que de souligner une fois encore  la profonde contradiction entre une volonté de maintenir une activité économique, tout en ôtant aux ménages la possibilité de consommer…? Un peu comme s’il y avait une sorte de « cloud activité », sans lien avec la manière dont elle se traduit au concret, dans la vie quotidienne. Suspendre l’activité de l’ultime maillon de la chaîne « production – distribution –  consommation » a bien peu de chances de voir les deux maillons en amont fonctionner longtemps sans se gripper… Ces réalités n’occultent en rien l’impératif de santé publique. Mais justement, pour que celui-ci soit mené à bien et couronné de succès, il lui faut être conduit dans une cohérence et une pertinence des mesures, et certainement pas à travers des choix qui nourrissent les tensions entre les uns et les autres.

 * Mais presque plus de commerçants « en nom propre », un statut de plus en plus abandonné, et qui a fait des dégâts considérables avec des ex-commerçants ayant travaillé dur toute une carrière pour se retrouver avec des retraites absolument indignes d’un pays « riche et moderne », avec souvent des femmes de commerçants sans statut, ayant travaillé également, mais avec en fin de carrière rien, zéro, nada…!

Source DVSM

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