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Fermer ou mourir un peu ! Le commerce indépendant piégé par le virus.

Les tensions et émotions suite aux fermetures des bars et restaurants soulignent des inquiétudes plus vitales qu’on l’imagine, ressenties par les acteurs individuels du commerce.

 DVSM, 28 septembre 2020. Le diagnostic le plus entendu sur la poussée protestataire déclenchée par les instructions lancées à la volée par le Ministre de la Santé s’avère coupablement beaucoup trop superficiel. Pour conserver une bonne santé, il est essentiel d’avoir le moral. Un point que ce membre du gouvernement semble avoir totalement oublié, en dépit de ses supposées aptitudes acquises lors de sa formation de médecin. Il n’est pas inutile de rappeler que dans de très grandes proportions*, les restaurants et les bars sont des affaires personnelles, même lorsqu’elles sont exploitées sous des statut de SARL, EURL ou similaires. C’est faire preuve de bien peu de psychologie que de ne pas comprendre** que ces exploitants qui se voient contraints à une fermeture redoutent tout simplement l’issue définitive et en catastrophe de leur activité. Dans une période déjà très compliquée, qui a plongé depuis des mois les activités de tous les acteurs économiques dans des situations extrêmement délicates, la nouvelle panoplie de mesures résonne dans les esprits comme une disposition les rapprochant encore un peu plus du précipice, dans lequel d’ailleurs certains tomberont, comme d’autres s’y sont d’ores et déjà abîmés.

Or, au-delà de la restauration et de la « limonade », c’est bel et bien le commerce individuel dans son ensemble qui se sent concerné. Quiconque a créé son entreprise ou son commerce voit dans ce danger se concrétiser le spectre d’un échec inévitablement perçu comme personnel et qui, en dépit des circonstances, ne peut avoir qu’un caractère ressenti comme désobligeant. Ce vertige est l’inévitable symptôme de tout individu craignant l’effondrement d’une carrière, étape qui marquera une vie. Même avec des aides, chaque victime d’une telle situation éprouve le même sentiment que le marin, capitaine d’un bateau n’ayant pu éviter le naufrage. Et sur ce plan, les exploitants d’établissements qu’ils ont créés (souvent à la force du poignet, avec sueur, sacrifices et un trait tiré sur la vie personnelle) et qui sont la charpente non seulement de leur vie professionnelle, mais de leur vie « tout court », restaurants ou autres, « en bavent » depuis longtemps. Plus d’un an de gilets jaunes suivis de grèves persistantes, sans oublier les déboires du centre-ville, dans lesquels ils payent la plus lourde des additions ne sont pas des détails que l’on oublie facilement.

Comment renaître à la suite d’un éventuel naufrage aussi pénible…? De la théorie calmement expliquée par des ministres à la réalité, la distance est proche de l’infini. Sans en rien minimiser toutes les facettes de l’épreuve subie par les salariés d’entreprises moyennes ou grandes, touchés par des plans sociaux, le vécu d’un indépendant  n’a rien de comparable. Les ex-salariés pourront compter sur des préavis, des règlements de congés payés, et des indemnités de licenciement, avant de bénéficier de celles dédiées aux sans emploi. Et psychologiquement, les équipes de grandes sociétés échapperont surtout à cette sensation de culpabilité à laquelle aucun entrepreneur personnel n’est sûr de pouvoir se soustraire. Les personnels des compagnies aériennes ou des groupes industriels ou de distribution, frappés par la dégringolade des activités et subissant des plans sociaux, n’auront pas à vivre avec ce souvenir indélébile que les indépendants conserveront jusqu’à leur dernier soupir.

Que celui qui n’a pas compris cela, qu’il soit préfet, ministre ou autre décideur, observateur, commentateur, lance son propre établissement. Avant même de prononcer le classique et déculpabilisant « oui, je sais« , qu’il imagine toutes les étapes, commençant la recherche d’un local et son aménagement, suivies des inscriptions administratives, des charges à payer avant même le premier euro de CA encaissé, de la réunion des fonds, des rendez-vous acides trop fréquemment inutiles avec les responsables d’agences bancaires, des longues périodes de démarrage sans pouvoir se rémunérer… Chiche…! Bon courage…! Et que chacun se prépare à applaudir dès qu’un décideur de tout en haut demandera de fermer, ne serait-ce que quelques semaines… Seule l’expérience conduit à un véritable savoir. Yves Dupré

* A l’exception des chaînes qui regroupent des établissements soit sous enseigne « propriétaire », soit tenus par des franchisés, parfois les deux, tels que Buffalo Grill, Courte-Paille, Hippopotamus, La Boucherie, Flunch, Del Arte, etc..)
** Si cette facette est comprise, l’attitude des décisionnaires est encore plus critiquable, voire impardonnable.

Source DVSM

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