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Gilets jaunes, la leçon inattendue pour les épris de communication…

Sans la surdose des augmentations du gazole, le courant de contestation qui chamboule tout en France depuis novembre n’aurait pas bénéficié d’un support visuel aussi efficace, et ne se serait peut-être même pas développé.

 DVSM, février 2019. L’Histoire nous l’enseigne, la plupart des révolutions sont nées sous l’influence de petits détails, négligeables (et donc négligés), grains de sable soudain rassemblés pour devenir tempêtes. Comment pourra-t-on raconter dans cette Histoire l’épisode des gilets jaunes…? Difficile à imaginer, d’autant plus que celui-ci n’est pas terminé. Tout reste possible, lente érosion avant évanouissement (les commentateurs disent « pourrissement »), rejet quasi épidermique si certaines choses tournent mal, et une infinité d’hypothèses qui conditionnent le message que symbolisera dans le futur ce vêtement initialement conçu pour la sécurité des personnes proches d’une voie de circulation. Cet accessoire qui sert à ne pas se faire renverser va-t-il renverser la République…? Effectivement, il est intéressant d’observer le côté fortuit de la montée en puissance venue d’une sorte de signature visuelle comme en rêvent les publicitaires, efficace bien que très confuse.

 

Sans ce gilet jaune, rien n’aurait été pareil. En novembre 2018, la perspective d’une taxe supplémentaire sur le gazole, qui coïncidait avec une soudaine flambée des cours du brut, a soudain provoqué une réaction chez les automobilistes. Déterminant…! Car, devenu obligatoire dans tout véhicule, ce morceau de tissu fait pour être vu de loin était à portée de main. En le posant derrière son pare-brise, tout quidam le transformait en message indiquant qu’il en avait à la fois marre de payer trop cher un carburant à cause des taxes et, en filigrane, de cette mise à l’index d’un diesel qui a été fiscalement encouragé depuis des décennies. Et ce faisant, il se mettait aussi à chercher qui en avait fait de même. « Si tous les gars du monde… » Nous connaissons tous la suite.

 

A l’heure présente, le gilet jaune n’est plus seulement (voire plus du tout) le signe de reconnaissance d’une défense pour un gazole moins cher, facette très largement estompée derrière un message fort différent qui se résume par « je ne suis pas content et je proteste« .  Au-delà de cette traduction très vague, il est bien difficile de trouver la moindre convergence dans les mécontentements. Certains veulent plus de pouvoir d’achat, d’autres le rétablissement  de l’ISF, ou la création d’un référendum populaire, la démission du président, l’instauration de la proportionnelle, faire payer les riches, avoir droit à la parole, etc. Autant de sujets qui n’avaient, tant ils sont divergents et morcelés, aucune chance de se hisser au sommet des préoccupations du pays tout entier. C’est ce fameux gilet jaune qui les réunit, mais seulement d’une manière symbolique, car dès que le débat entre dans le fond de chacun de ses sujets, les avis se morcellent, se réfugiant derrière des affirmations aussi floues que gratuitement généreuses.

 

Comme un malheur ne vient jamais seul, le gilet suggère le déguisement. Certains individus qui ne moquent pas mal des revendications mais aiment semer la pagaille ou, si opportunité, casser des vitrines pour s’emparer de ce qu’elles montrent à tous, se déguisent en jaune. Pardon de ce rapprochement, cela ressemble à certaines préparations fromagères habillées en bleu rayé, pour se faire passer pour des célébrités du BOF symbolisées par un ruminant hilare. Certains porteurs de gilets jaunes se situent entre les « me too » et les MDD.

 

Refaisons l’histoire. Si début novembre, face à la vertigineuse montée des prix à la pompe, nos dirigeants avaient pris la décision, fortement communiquée, de renoncer à toute nouvelle taxe face à l’envolée internationale, les gilets jaunes seraient probablement restés dans les boîtes à gants ou sous les sièges, et les milliers de protestations qui s’en habillent aujourd’hui n’auraient pas eu le moindre point d’attache auquel s’accrocher. Mais on ne refait pas l’histoire.

 

Il reste la leçon pour les pros de la communication. Elle incite à rechercher d’autres exemples du même genre, mais il en existe peu. Les bonnets rouges qui avaient fleuri pour protester contre les portiques (pour taxer les poids lourds, toujours les taxes…) est pratiquement le seul exemple de l’histoire récente. Et comme pour les gilets jaunes, impossible de classer par catégories d’opinions ceux qui portèrent un moment ce couvre-chef. Quant à la genèse de tels signes de reconnaissance, dans des campagnes de publicité, des initiatives marketing ou du merchandising, elle est encore plus incertaine. La leçon a retenir est probablement d’une nature toute différente. Il faut éviter de laisser se développer les mécontentements. Car tôt ou tard, ils finissent par trouver des vecteurs de propagation, deviennent épidémies, bien difficiles à endiguer. Ce que l’on savait déjà à l’époque des blousons noir…

Source DVSM

 

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