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Industrie, de Thomson à Ubisoft, bons et moins bons appâts pour conserver une activité.

Entre des orientations peu pertinentes, des délocalisations inévitables et des théories sans lendemain, notre sol paye les conséquences des éternelles incompétences politiques et des stratégies froidement nécessaires.

 DVSM, 25 novembre 2021. Angers. Le ciel sombre de novembre absorbe doucement dans sa fraîcheur routinière la vision désolante d’une friche industrielle en attente d’autres destins. Il y a quelques années, Thomson (photo ci-dessous) y fabriquait des téléviseurs. Le groupe et un célèbre concurrent hollandais assumaient à eux seuls, à travers leurs multiples marques*, encore plus de la moitié des volumes vendus sur le territoire. Qui plus est, ces deux poids lourds n’étaient pas les seuls à produire du « Made in France ». Océanic, Grundig (à Creutzwald, Moselle), Pathé Cinéma dans le Val-de-Marne, Desmet dans le Nord, etc. Il aura suffi d’une pénurie de masques et de paracétamol pour que les vieux démons de la culpabilité industrielle reviennent au premier plan. Ils avaient occupé les esprits il y a 40 ans, quand les produits hi-fi et vidéo japonais étaient devenus les symboles d’une industrie filant un mauvais coton. Les téléviseurs ont doucement descendu la pente, et hormis quelques salves éphémères, les innombrables autres produits à un moment fabriqués, ou au minimum assemblés dans nos contrées, n’auront jamais eu de destin industriellement hexagonal espéré.  « Il suffit d’une volonté politique« , cette phrase toute faite et passe-partout d’allure énergique dans tout discours d’élu réel ou potentiel, n’a rien démontré sa pertinence. Qui se souvient de cette haute-fidélité qui, soudain, aurait voulu prendre sa source à Moulins, sur des chaînes japonaises achetées d’occasion…?

Au Québec, en cette semaine de fin novembre 2021, quelques esprits s’échauffent. Est-ce bien raisonnable de continuer de tels financements…? Ceux qui prononcent ces interrogations incluant déjà leurs réponses montrent du doigt une firme française qui s’est hissée depuis des années dans le peloton de tête planétaire des softs pour jeux vidéo. Ubisoft va ouvrir là-bas un nouveau studio. « L’État doit-il encore aujourd’hui payer 37,5 % des salaires des employés d’une entreprise comme Ubisoft…? » interrogeait le journaliste Gérard Fillion il y a quelques jours sur les écrans de Radio Canada. Entre ce petit pactole et nos prélèvements obligatoires à la française, une bonne part de la réponse à recherche sur les bonnes solutions pour attirer des entreprises est là, mais elle n’est pas la seule. Toutefois, si l’espoir consiste à voir se développer des entreprises (licornes ou pas) au niveau mondial, il est indispensable de prendre en compte l’inévitable concurrence entre pays. D’autant plus que le devoir s’impose à chaque patron, sous peine de se voir sanctionné, de placer l’activité qu’il dirige dans les meilleures conditions économiques possibles pour atteindre l’objectif visé.

La mésaventure sans suite de la hi-fi à Moulins évoquée plus haut apporte un autre élément : il ne sert à rien de chercher à rattraper ceux qui ont déjà pris position sur certains créneaux. Message aux tenants d’une probable et vaine tentative de recoller au segment de la 5G, même la 6G étant déjà bien amorcée en R&D chez plusieurs mastodontes des télécoms. Pour ces marchés en devenir, après l’heure, ce n’est plus l’heure.

Enfin, il est aussi nécessaire de ne pas se tromper de sujet. Un pays qui a lancé un paquebot transatlantique** reliant Le Havre à New-York en 5 jours (quand des jets  font depuis 5 ans le même trajet en 8 heures), qui a bazardé son automobile haut de gamme*** au profit d’une industrie nationale jouant sur le peu profitable bas de gamme en croyant servir la paix sociale, qui s’est cru capable de détrôner l’informatique mondiale confondant les bulles**** du Champagne avec celles des ordinateurs, qui a préféré le cocorico chanté en supersonique***** à un moyen courrier en en brisant les ailes, confond prestige et réussite sur les marchés.

Réindustrialiser…? Pourquoi pas, mais avec une vision juste de ce qu’est l’industrie, une activité faite pour vendre à la plus large clientèle concernée le plus grand nombre possible de produits, au prix le plus élevé possible. Pas pour s’autosatisfaire en hurlant cocorico…! Force est cependant de constater que l’Europe a aussi vu s’évaporer ses industries liées à l’électronique et au numérique grand public.

* Pour Thomson, Brandt, Pathé Marconi, Continental Edison (devenu Saba), pour Philips, Radiola, Schneider… dans un marché approchant alors 2,5 millions de pièces.
** Le France, merveille inutile dont l’existence a confirmé le côté certes sympathique, mais hors du temps.
*** FACEL VEGA, condamné pour n’avoir pu importer les moteurs qui en auraient fait un compétiteur des dominantes d’outre-Rhin.
**** L’informatique des « machines Bull », mériées à Honeywell, reste un épisode assez proche de la fable de cette grenouille cherchant à se faire aussi grosse que le bœuf.
***** Le bi-réacteur Caravelle aurait pu connaître un succès nettement supérieur aux moins de 300 pièces vendues, si des investissements (de l’Etat) n’avaient été accaparés pour un Concorde aussi invendable qu’inexploitable.

Source DVSM

 

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