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Le blues sévère des salons va-t-il s’amplifier…?

Le concept des salons, rendez-vous réguliers consacrés à un thème, et bien sûr moments intenses d’échanges commerciaux, survivra-t-il aux changements de ce début de millénaire ?

DVSM, Été 2018. Dans quelques jours, dès le 21 août, le salon Gamescom 2018 ouvrira la saison 2018-2019 des salons spécialisés. Manifestation qui se tient à Cologne sur une semaine*, c’est, comme le savent tous les professionnels, l’événement mondial dominant** du secteur des jeux vidéo et des loisirs interactifs. Par chance, ce lever de rideau est en pleine apothéose, affichant complet depuis plusieurs semaines (visiteurs). Même si en 2017, il n’avait enregistré qu’une solide stabilité en nombre de visiteurs, il surfe sur la vague d’un univers de loisirs dont le périmètre ne cesse de grandir et que de multiples équipements (ou « plateformes ») alimentent, le tout avec la perspective d’une évolution du numérique que la toute proche 5G ne pourra que stimuler.

Les spécialistes du tic-tac changent de tactique… Et pourtant, de nombreux secteurs d’activités observent bel et bien un réel grippage de leurs salons pourtant solidement ancrés dans les habitudes -du moins le croyait-on…- même lorsqu’ils sont dédiés à des univers qui ne souffrent que peu ou pas des effets conjoncturels ou de l’évolution des usages dont la présente époque est le berceau. C’est ainsi que dans la langueur estivale, le BaselWorld (à Bâle), la grand-messe annuelle et planétaire de l’horlogerie, se tenant naturellement en Suisse, et dont nous avions déjà relaté quelques défections d’exposants, vient d’enregistrer la très significative désertion du groupe Swatch. Certes, il y a Internet, Amazon et tous les ingrédients dont on ne cesse d’évoquer l’influence dès qu’un bouleversement apparaît. Mais pour ce groupe, riche d’une large panoplie de marques***, c’est bien la pertinence de ce genre d’exposition qui semble être à la racine d’une telle décision.

A Paris, cet automne, l’automobile sera fidèle au rituel de la Porte de Versailles (4-14 octobre 2018) mais sur un registre inédit revue et corrigé. Le Mondial vit un moment compliqué, susceptible de gâcher la qualité du sommeil de ses organisateurs. D’une durée légèrement raccourcie, le bon vieux « Salon de l’auto » essuie lui aussi des défections majeures qui marquent les esprits. Jusqu’à présent reconnu comme le plus grand salon du monde en nombre de visiteurs (entre 1,2 et 1,5 million), tous thèmes confondus, ce n’est pas l’attrait du public pour l’automobile qui fait défaut. En revanche, c’est le rapport coût-retombées pour les constructeurs qui pose problème.

Du flou dans les perspectives… En effet, que dire des univers dans lesquels les sujets sont eux-mêmes en pleine métamorphose, positive ou négative. La Photokina entamera fin septembre (du 26 au 29) sa dernière édition d’automne. Clap de fin, mais… Ceci avant de tenter ce qui est peut-être un coup de poker, en se tenant ensuite annuellement et au printemps, cela dès 2019 (8-11 mai). La photo, devenue numérique lors d’une transition vécue péniblement, a en quelques saisons vu son activité fondre comme neige au soleil sous l’impact des smartphones. La production industrielle a glissé jusqu’au fond d’un ravin au point que l’on s’interroge sur ses capacités financières subsistantes. Suffiront-elles à assurer une présence dans tous les événements encore inscrits au calendrier…?

Si l’IFA parvient, avec le secours de l’électroménager, à maintenir un visitorat assez conséquent (même s’il n’est plus que d’un tiers de ce qu’il fut lors des éditions uniquement « électroniques » d’il y a 20 ans), la foire berlinoise résiste encore aux métamorphoses de notre époque, soutenue par des spectacles avec des vedettes majeures, et une participation très active des télévisions et radios allemandes. Mais pas une discution à bâtons rompus avec des responsables de grands groupes n’échappe à un constat redondant. Ces salons coûtent trop cher, en investissements et mobilisations d’effectifs. Ils permettaient à de nombreux consommateurs et professionnels à découvrir au siècle dernier ce que l’on ne pouvait examiner autrement. Désormais, les innombrables outils de communication, soit côté pros, soit côté grand public, ne justifient peut-être plus des visions éphémères, voire fugitives, qu’offraient les onéreux stands des exposants. Cette évolution était déjà dans l’air au cours des années récentes. Mais avec la saison 18-19 qui s’amorce, c’est l’an 1 d’une nouvelle époque qui commence, avec un énorme cortège de questions.

Source DVSM

* Dont quelques jours de « salon dans la ville », une idée intéressantes qui dope considérablement l’impact de tout événement… – ** Avec le E3 tenu annuellement en juin à Los Angeles. – *** Dont entre autres Rado, Calvin Klein, Tissot, Longines, Omega…

 

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Conjucture, sensations, ressentis, et l’entreprise, dans tout ça…

Que pensent nos concitoyens de notre époque, quelles sont leurs attentes, désormais...?