Accueil / Actualité / Le suréquipement commercial se paye comptant…

Le suréquipement commercial se paye comptant…

Du « Darty dans Carrefour », des marques dans des points de vente, des effectifs en réduction, des rayons et des secteurs rationnalisés…, les excès finissent toujours par produire leurs effets…

 DVSM, 7 avril 2019. Le navire tangue, ses entrailles craquent douloureusement. Mais il ne chavirera pas. Le commerce traverse incontestablement des vents contraires, mais de là à le voir en péril, il y a une distance à ne surtout pas franchir. Toutefois, la sortie d’une époque faste ne pouvait se faire sans douleur. Depuis deux à trois années, en France, comme dans d’autres régions du monde occidental, les signes de ce changement d’époque sont manifestes. L’impact du commerce en ligne y prend sa part d’une manière indiscutable, mais il convient de ne pas en exagérer les proportions, car il est sans doute moins générateur de problèmes que certains observateurs croient pouvoir l’affirmer. En revanche, la conjonction entre une transformation démographique et des effets de saturation sur de nombreux biens durables crée des conditions complexes d’établissement et de fonctionnement. Surtout quand, tentant d’ignorer des indicateurs pourtant bien visibles, les élans d’hier ont été poursuivis, voire amplifiés, comme si rien ne devait changer.

En France, depuis des années, nombreux étaient pourtant les spécialistes du commerce qui attiraient l’attention sur une frénésie d’ouvertures et d’agrandissements d’où risquait de surgir un état de suréquipement commercial. Avec trop de points de vente, dans de nombreux domaines, pour des clientèles ne grandissant plus et tendant à consommer plus modérément, la trajectoire était toute tracée. Qui plus est, se dissimulait derrière cette course en avant le secret espoir de déloger, « déquiller » dit-on dans certains jeux de société, le ou les concurrents. Avec des effets diamétralement opposés, souvent soulignés dans nos rubriques. Il en est de même pour les ressources à bord d’un petit navire. Si l’on peut partager un gâteau, il faut rationner les vivres quand ceux-ci-ci viennent à manquer…

Ainsi, lorsque l’initiative de faire entrer des secteurs « Darty » dans les grandes surfaces de Carrefour est annoncée, c’est moins une stratégie adroite qu’un élémentaire repli de la surface de vente qui se concrétise. De plus, en une dizaine d’années, des familles importantes pour le trafic autant que pour le CA ont disparu. Les biens culturels audio-vidéo se sont presque totalement effacés. Les services de mobilité (opérateurs) ne se diffusent plus qu’en ligne ou dans des réseaux de points de vente que chacun cherche à réduire le plus possible. Sans oublier, pour la seule électronique, le nombre d’équipements, d’accessoires et de consommables que les évolutions techniques ont fait disparaître presque totalement.

Il serait commode de ne relever ces tendances que sur le seul territoire français (et dans la foulée ce qui apparaît comme des « ratés » de « nos » professionnels). Mais nous relatons depuis plusieurs saisons les fermetures par centaines (et même milliers) de points de vente aux USA. Outre-Rhin, lorsque les industriels décident de créer des espaces dédiés à leurs marques en shop-in-shop ou par des formules équivalentes (dans les magasins Media Markt par exemple), c’est aussi, très concrètement, un repli en mètres carrés qui est opéré. Pareillement, il serait excessif de qualifier d’imprévoyants les gestionnaires du commerce qui ont été trop entreprenants dans leurs développements. Car d’autres imprévisions plus impardonnables ont accompagné ces manques de retenues. Ainsi, au plus haut niveau de notre bel Hexagone, et alors que tous les outils permettant de suivre la démographie existent, les effets de basculement des équilibres n’ont en rien été pris en compte. Les soucis qui affectent les maternités, les hôpitaux, les professions médicales, ne sont qu’une facette de ces manques de lucidité sur un avenir que la simple arithmétique permettait depuis des décennies d’appréhender très correctement. Localement, pour préserver ou stimuler des activités, des élus, non rompus aux règles du commerce, ont encouragé des initiatives parfois très risquées.

La gestion de l’équipement commercial de notre territoire n’a de surcroît pas cherché à intégrer les cadences d’aujourd’hui, la promptitude étant devenue l’élément fondamental de l’efficacité dans les décisions. Exemple. En décembre 2012, Klépierre inaugurait l’extension du centre commercial de Claye-Souilly (77). A cette époque, le maire de cette commune, Yves Albarello, évoquait devant DVSM le projet d’une extension complémentaire à ses yeux indispensable de la zone d’attractivité (créée il y a un demi-siècle autour du magasin Carrefour) par la création d’un retail-park contigu avec d’autres commerces, des cinémas, etc… Début 2019, soit près de 7 ans plus tard, les travaux de ce nouvel espace ont enfin débuté. D’ici leur achèvement, près d’une décennie se sera écoulée, (avec les mille et une péripéties*, hélas de routine, qui émaillent régulièrement ce genre de projet), alors que, s’ajoutant aux effets démographiques évoqués, les caractéristiques concurrentielles locales ont entre-temps sensiblement évolué**. En clair, comme dans de nombreuses régions, des délais qui ont été fort longs, bien trop pour que les études préalables puissent rester pertinentes.

Ainsi, l’arrivée de conditions globalement nouvelles pour le commerce se place dans un contexte bien moins favorable que si les évolutions prévisibles avaient été anticipées d’une manière raisonnable. Dans cet épilogue pour une longue période faste, les dégâts ne seront pas que matériels. Les effectifs vont aussi « trinquer », les nécessités d’équilibrer les exercices dans la nouvelle donne ne pouvant que favoriser une « rationalisation » des structures où, une autre nouvelle arme surgit dans le paysage, avec une nette progression des fonctions automatisables, lignes de caisses incluses.

* Délais pour les décisions des CDEC et CNEC, interventions et recours d’entités ou d’associations diverses et opposantes, délais des collectivités locale ou même de l’Etat  pour réaliser d’éventuelles édifications ou adaptations de structures routières et d’accès, etc.

** Notamment avec l’ouverture, à moins de 15 minutes, du CC Aéroville, proche de l’aéroport CDG, l’ouverture des Saisons de Meaux, centre commercial, à 10-12 minutes, implanté à l’entrée de la cité célèbre pour sa moutarde, doté d’un hyper Auchan, d’un Décathlon, d’un Leroy-Merlin, sans oublier le développement d’enseignes spécialisées dans le périmètre de cette zone (Lidl, Grand Frais, Kiabi, etc.).

Source DVSM

A voir

Imprimantes 3D, des rayons se mettent en ordre de conquête. Enfin !

Depuis des années, on les voyait rôder, pistant les utilisateurs passionnés ou chevronnés, mais sans aller réellement au contact du plus grand nombre....