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L’épisode Bridgestone en souligne une vision « à la française » fort erronée…

Depuis 40 ans, et les soubresauts provoqués par la hi-fi et les magnétoscopes, l’approche des réalités industrielles par nos responsables reste aussi irréaliste qu’inchangée. Elle explique en grande partie les fondements de la désindustrialisation du pays.

DVSM, 17 septembre 2020. « Révoltante ! » vocifère un ministre à propos de la décision de fermeture de l’unité de production de Bridgestone à Béthune. Encore plus révoltante est l’absence de la vraie question, laquelle avec prudence n’est jamais posée : pourquoi la firme japonaise ferme-t-elle cette usine…? Réponse simple, qui devrait fuser : parce que les conditions pour son maintien ou mieux encore, la tentation d’en étendre les activités, ne sont pas réunies. Une motivation qui, comment le contester, ne peut que ressembler trait pour trait à celles qui ont présidé à la disparition de beaucoup d’autres, quelles que soient leurs origines, entreprises françaises incluses hélas.

Avant 1980, les importations de produits industriels n’avaient pas encore pris le côté anxiogène que l’irruption des équipements japonais va soudain engendrer. Le matériel de haute-fidélité a doucement allumé un petit feu de brindilles, quasi confidentiel, que la vidéo va embraser. Le chômage, que deux chocs pétroliers ont réveillé depuis quelques années, la balance mal orientée du commerce extérieur, l’intensité de nombreux et âpres débats pré-électoraux, tout converge pour que des mesures soient prises. Doucement, et plutôt que de s’interroger sur les bases devenues fragiles de l’industrie, les réponses se résument à des aides ponctuelles et des mesures protectionnistes. En électronique, un historique blocage ferme des importations de magnétoscopes reste dans les mémoires des pros qui l’ont vécu, tel le pitoyable symbole d’attitudes dans le style « coup de menton » politiques. Mais en fait, coups d’épée dans l’eau, vus les résultats. Des initiatives pires que le mal, car elles sont propres à inspirer méfiance et prudence de la part d’industriels qui auraient pu envisager des implantations sur le sol français.

Mieux perçue d’un large public, la tranquillité alors conquise par l’automobile dans le plafonnement à 3% des importations nippones, est à plusieurs reprises mise en avant par le patron de Peugeot-Citroën de l’époque, Jacques Calvet*. Que c’est rassurant de ne pas avoir à subir la menace des « ouatures » japonaises…!

Toutes ces manœuvres n’auront abouti qu’à des opérations relativement éphémères. Qui plus est, elles furent  amorcées parallèlement à une tendance dans laquelle se défendait à très haute voix le concept de « l’industrie sans usine« . L’industrie sans usine, c’est comme la douche sans eau… Aux créations « d’usines tourne-vis », se sont ajoutées les aides, avec fonds publics, pour que des entreprises s’implantent, comme Bridgestone. Dans l’industrie, sans que le panorama évolue, cette stratégie ne peut qu’engendrer une génération de chasseurs de primes. Ceci en évitant soigneusement d’aborder le point pourtant le plus important consistant à créer des conditions favorables non seulement aux firmes étrangères, mais aussi aux françaises. A cette ambition, les responsables de tous bords ont préféré conforter l’obésité fiscale du pays qui, faute de pouvoir faire d’abondantes récoltes de médailles aux JO, conserve aujourd’hui encore le titre non envié de numéro un mondial des prélèvements.

Une autre dimension de l’activité industrielle reste peu présente à l’esprit des dirigeants et même d’un large public. Une usine est un outil qui se démode, devient obsolète et inopérante au fil des années. Comment croire que l’on fabrique aujourd’hui des automobiles, des téléviseurs ou des téléphones mobiles comme cela se faisait il n’y a que 10 ans…? Cette réalité a notamment été bien peu prise en compte dans des phases « chaudes », comme celle qui, par exemple, a frappé jadis l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois (très intégrée, mais de 30 ans d’âge). Plus que l’approche des conséquences des renouvellements d’infrastructures industrielles, c’est l’illusion d’une sorte de garantie à vie pour les emplois, ne serait-ce qu’en termes de localisation, mais aussi et même surtout des besoins de compétences dans les ressources humaines. S’il fut une lointaine époque où tout individu embauché dans une « manufacture » pouvait espérer y faire une carrière, cette réalité n’a plus cours, et elle appelle aussi des réponses non à l’heure où se concrétisent les problèmes, mais bien avant, puisque aucun doute ne subsiste quant à leur inéluctabilité.

Comment ne pas ajouter qu’il sourd une facette hypocrite dans cette manière de déplorer la fermeture d’une industrie liée à ‘automobile, alors que, des innombrables initiatives municipales jusqu’aux options des dirigeants nationaux (notamment par les croustillants paragraphes de la convention pour le climat), un combat  est rondement mené contre cette même automobile. Certes, on encourage le vélo, mais en termes d’emplois industriels, les équivalences sont dans l’univers du rêve.

A Béthune, les problèmes sont devenus concrets. Hélas, la réponse actuelle, tant gouvernementale que de la part de responsables de régions, se place dans l’invective, la menace, la promesse de revers coûteux pour ceux que l’on qualifie de déserteurs. Sûr, on ne les y reprendra pas. Or, s’ils n’ont pas investi, comme cela leur est reproché à l’heure des grandes interviews matinales, là aussi, la raison est simple. C’est en raison d’une absence d’intérêt (économiquement parlant, ce qui reste l’essentiel), ce qui devrait interdire, à vocabulaire à peine moucheté, de les qualifier de salauds envers nos forces laborieuses, elles aussi, victimes des stratégies hors réalisme qui planent sur ce vaste sujet. L’industrie ne s’acquiert pas par la force, elle se mérite.

* Lequel n’est pas un spécialiste de l’auto, mais seulement l’ex-directeur de cabinet d’un ancien ministre des Finances devenu Président de la République.

Source DVSM

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