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Numérique : le très mauvais vécu du public s’amplifie et devient un véritable souci majeur.

« Triple fracture »…? Même les inconditionnels du progrès commencent, dans au moins trois registres, à trouver amère la conversion généralisée aux merveilleuses techniques de l’information. Une usine à migraines qui préoccupe.

 DVSM, 23 avril 2022. La préoccupation évoquée ne se limite pas aux conversations de comptoir ou bavardages de fin de repas. Dans les communes, les départements et autres instances officielles, le ressenti n’autorise plus le doute. Un murmure réprobateur s’amplifie. Internet, le smartphone, la tablette, le notebook, tout cela fait partie de la société connectée qui depuis quelques années se met en place, avec ses avantages, et aussi ses lourds inconvénients. Passe-partout à qui-mieux-mieux, le « numérique » au sens large est ouvert aussi à des quantités de méfaits inconnus jadis. Les fausses informations sont finalement les plus anecdotiques et inoffensives, la méfiance étant une faculté qui se développe d’instinct. Les addictions aux réseaux sociaux ou aux loisirs interactifs sont des effets un peu moins tolérables.

Plus insupportables sont les dérapages frauduleux ou délictueux. Nombreux sont ceux qui ont découvert un mauvais matin que leur compte en banque ponctionné par des gredins ayant débité des sommes rondelettes sous des cieux lointains. Sensibles, d’autant qu’il leur faut couvrir ces débits indésirables, les banques ont multiplié les mesures valant précautions. Dont notamment des codes de sécurité qui imposent à tout débit d’être validé par le détenteur d’un compte, mais qu’il faut par précaution modifier à intervalles réguliers (souvent 90 jours). La gestion des identifiants, des codes et des mots de passe devient une lourde activité anxiogène à part entière. Elle s’accompagne de réflexes frisant l’imprudence, comme le simple fait de noter par écrit ces multitudes de sésames, dès lors facilement copiables lors d’intrusions (ou « cambriolages » en langage ordinaire). L’océan des codes et formules magiques s’étend à de multiples sujets : eau, gaz, électricité, abonnements, caisses d’assurances maladie ou retraite, impôts, applications diverses… Trop de codes finiront par tuer les codes. Hélas, les causes d’un épais malaise ne s’arrêtent pas là.

L’administration, en faisant main basse sur les usages numériques, y a de surcroît introduit la complexité légendaire qui caractérisait ses formulaires de l’ère du papier. Combinée aux difficultés que les outils en ligne accumulent, cette incapacité chronique à se faire comprendre du plus grand nombre avec des mots simples aboutit à une situation périlleuse pour les individus ne se limitant plus aux seules difficultés de connexion et à la pénible familiarisation des personnes âgées, déroutées par ce qui devrait au contraire être une nouveauté simplifiante. Si, comme le souligne l’INSEE, près d’un ménage sur trois (32%) parmi les plus modestes ne dispose d’aucun outil informatique, l’absence de connexion possible couvre encore une proportion non négligeable de la population générale (plus de 10% des Français concèdent les statistiques nationales). Cela sans compter les mauvaises connexions qui quadrillent le territoire. Ce sont celles qui n’assurent que des débits insuffisants ou qui « lâchent » quand, par exemple, entre quelques poteaux, une bourrasque rebelle coupe le fil et ce qu’il y a au bout (les conducteurs du « on line » ne sont enterrés qu’en certaines zones urbaines).

Loin de ne concerner que les populations âgées, on relève aussi des difficultés majeures et croissantes éprouvées même par des populations plus jeunes de toutes catégories, cadres inclus. Et quand une interruption ne permet pas de poursuivre, par exemple, l’exploitation une fois déchiffrée des attentes à caractère impératif de l’administration fiscale, la colère sur le temps perdu se mélange à l’inquiétude de se voir pénalisé. Car, pour ne renoncer à aucune audace, cette toile reliée à Bercy a aussi changé (au moins) l’une de ses pratiques. Il faut à chaque contribuable (entreprise ou individu) aller voir ce qui est pré-déclaré ou dû, alors que jadis, chacun recevait un document mentionnant somme à verser et délai. 

Le vocabulaire nouveau a introduit la notion « d’illectronisme », qui se veut être au net ce que l’illétrisme est à la maîtrise du langage écrit. Formule on ne peut plus perverse et irrespectueuse, puisqu’elle sous-entend que toute personne prise au piège de quelque souci en ligne ne le serait que par son incompétence. Pour tenter de remédier à ces défauts, surgissent des initiatives qui, partant d’un volonté louable, constituent des gaspillages financiers et d’énergies, avec créations de milliers de lieux de médiation, des ordinateurs donnés, des formations financées, etc… Le seul privilège -ou défaut- de ce monde connecté n’est il pas qu’il lui manque encore un élément : la baffe connectée…?  

Source DVSM

 

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