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Obsolescence et obsessions tenaces, Epson se défend.

Explosif, le créneau des cartouches d’encres d’imprimantes. Mais la faute à qui…?

– DVSM, avril 2018 – Certains commentateurs vont vite en besogne en croyant flairer à qui mieux mieux l’excitant parfum de l’arnaque. L’investigation, ou ce qui en est qualifié, est prisé par les chaînes de télévision, ce genre assurant en général de bonnes audiences. Epson (chacun son tour), attaqué devant les tribunaux pour des méthodes suspectées d’être à la limite de la malhonnêteté, a eu droit une fois de plus il y a quelques jours aux honneurs du prime-time dans le magazine de France 2 « Envoyé spécial« . Et sans le moindre doute, bien des spectateurs ont très probablement pensé que l’entreprise nippone se livre sur leur dos à une sorte de filouterie mesquine au long cours, en laissant un peu de l’encre vendue inconsommable au fond de chaque cartouche, afin d’éviter que les têtes des imprimantes soient détruites en se desséchant.

De fait, il ressort des démonstrations diffusées dans le reportage que l’utilisateur se retrouve un peu comme face à une bouteille de grand cru classé de 75 cl, dont il ne pourrait extraire que 68 cl. Ce qui, pire de ce qui est pire, est absolument exact…! Tout cela parce qu’une puce décompte le passage de feuilles, et estime statistiquement qu’après un nombre donné de pages imprimées, le risque de dessèchement devient trop important.

Suite à la diffusion de l’émission, Epson France qui, comme sa maison mère, n’est pas un repère de voyous, a adressé à la presse un communiqué dans lequel la firme se défend de toute manœuvre malhonnête. Elle souligne et confirme les réalités de la stratégie adoptée. Mais comment pourrait-elle procéder autrement…? Vendant un liquide dans un contenant -la cartouche-, la loi impose qu’elle affiche sur l’emballage le volume de liquide vendu. C’est la même chose pour le grand cru classé déjà évoqué, l’huile de moteur, le vinaigre, le lait demi-écrémé, le désinfectant pour wc… Et si rien n’était prévu pour préserver l’état du tampon de chaque tête d’impression, il ne manquerait pas d’associations capables de se fâcher pour estimer que ne rien faire pour éviter cet écueil friserait la malhonnêteté et… l’obsolescence programmée, (pour imposer le remplacement prématuré des imprimantes). Faudrait-il un système capable de mesurer et enregistrer chaque pico-litre envoyé sur le papier…? Voilà qui coûterait une petite fortune.

Mais la véritable source de ces problèmes se situe ailleurs. Et en particulier dans ce qu’il faut bien analyser comme un raté monumental d’Epson et des autres acteurs du monde de l’imprimante, au moins sur le créneau grand public, dans le marketing des cartouches. Car le modèle économique repose ici sur la vente de consommables. Il n’est pas le seul, c’est même un mode de fonctionnement très répandu, qui a pour avantage de permettre la vente de systèmes assez sophistiqués, en les rendant accessibles au plus grand nombre. Mais c’est probablement dans ce seul domaine de l’imprimante (ou presque…) qu’une sensation aussi désagréable, caractérisée par la perception d’un consommable horriblement cher, s’est installée et subsiste.

Un héritage historique qui remonte loin est probablement le point initial de ce souci. Flash-back. Il faut en effet avoir en mémoire (et avoir l’âge avancé nécessaire pour cela) que la copie sur papier non-traité remonte à plus d’un demi-siècle (années 50), lorsque l’américain Xerox a imposé ce qui a été très modestement baptisé « Xérographie », une technique dont l’impression laser est directement déclinée. Or, Xerox avait initialement institué un mode de commercialisation (alors aux entreprises) dans lequel il ne vendait jamais ses machines, mais les louait (qui valaient alors des petites fortunes) et facturait du consommable, encre principalement et papier (en France par l’intermédiaire de sa filiale OTP). Vers la fin des années 70, et alors que le procédé d’impression, breveté depuis 20 ans, tombait dans le domaine public, une vingtaine de concurrents, dont plusieurs japonais, se sont jetés dans une bataille concurrentielle musclée, pratiquement du jour au lendemain. Même si les méthodes ont à ce moment évolué, le principe du modèle économique largement appuyé sur les consommables et dirigé vers le monde de la bureautique et des entreprises est resté tel une empreinte, et s’est trouvé étendu à la technologie du jet d’encre lorsque celle-ci a fait son apparition.

Puis, vint l’avènement de la micro-informatique grand public et de la photo numérique. Il faut dès lors distinguer ce qui peut être intéressant pour une entreprise utilisatrice de systèmes d’impression (l’amortissement fiscal de matériels achetés n’est pas exempt de certaines complexités) et ce qui peut mieux convenir à un particulier. Le sujet n’est pas simple, d’autant que les deux segments se chevauchent allègrement (bien des PME se procurent leurs imprimantes à la FNAC, chez Boulanger ou en hyper…). L’imprimante dans les magasins n’est de surcroît que bien rarement sortie du rayon bureautique. La voici donc, depuis des lustres désormais, prise en écharpe entre des tâches administratives répétitives et des impressions occasionnelles de photos de famille et d’un peu de courrier.

Nous avons en mémoire nos interpellations, il y a au moins une bonne décennies, des responsables d’alors d’Epson France, sur cette perception anormale de consommables chers, trop chers. Alors qu’aucun parallèle pertinent n’était à l’époque construit dans les argumentaires pour comparer ce qui est comparable, à savoir le coût de développements et tirages (à l’époque en argentique) juxtaposé aux usages numériques. Aucun pas n’a été fait depuis, un peu comme si le secteur de l’imprimante attendait que l’orage s’abatte sur lui. Ce qui est fait. Et cela risque de durer, sauf si un autre modèle économique était imaginé, ou alors, de petites astuces. Mais là…*

* Nous aurions bien, très modestement, quelques idées simples pour éliminer un peu cet ennuyeux point de détail. Mais, comme les cartouches ne sont pas gratuites, les prestations de « DVSM » déguisé en consultant ne le sont pas davantage, d’autant plus que l’expérience nous a montré que les idées gratuites ne valent rien.

Source DVSM

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