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Paiement en Afrique, état des lieux et perspectives

L’Afrique est un continent trois fois plus grand que l’Europe, avec des structures étatiques héritées de la colonisation, dans des secteurs comme les télécommunications, les services postaux ou encore la banque. Certains acteurs financiers pan-africains commencent toutefois à émerger comme Afriland First Bank, Ecobank, Diamond bank, UBA… mais ils sont très jeunes si on les compare à des banques établies comme BNP, Société Générale, Standard Chartered ou Citi Group qui possèdent un réseau très important en Afrique.

Les particularités d’un marché fragmenté

L’Afrique demeure encore une région très orientée cash ; à quelques exceptions près comme le Nigeria avec Verve, elle n’a jamais pris le virage de la carte bancaire. Plusieurs raisons expliquent cela :

Un faible taux de bancarisation des populations. Le plus haut étant aujourd’hui dans les régions où les banques centrales ont eu une politique volontariste de bancarisation des populations. Le Maroc a le plus fort taux de bancarisation en Afrique, à 71%, selon Bank Al-Maghrib.

Cette bancarisation est à corréler avec l’établissement d’un état civil qui n’est pas toujours une réalité. Certaines populations, notamment les plus pauvres, n’ont pas d’adresse fixe (car le cadastre n’est pas toujours respecté), d’acte de naissance ou de papier d’identité. L’Afrique regroupe près de 502 119 « invisibles », soit à l’échelle mondiale, 50% des individus sans identité, selon les estimations de la Banque mondiale.

Les réseaux cartes (Visa, Mastercard en tête) ont des coûts de licence plus élevés qu’une banque locale. Celle-ci n’est pas bien capitalisée par ses utilisateurs. La carte est un luxe en Afrique réservés pour les personnes les plus riches.

L’implantation d’un réseau carte implique aussi l’établissement d’infrastructures d’acceptation pour dépenser l’argent. Le taux de pénétration d’internet fixe et du téléphone en Afrique est l’un des plus bas au monde. D’après une étude Deloitte sur les évolutions en Afrique, 66% des foyers africains sont connectés à Internet via les technologies mobiles, 21% via un Internet fixe et 13% n’ont pas d’Internet à la maison.

Enfin, il existe un lien très important entre les populations sur place et la diaspora partie dans les pays du Nord pour travailler ; qui reste encore le pourvoyeur des moyens de subsistance des familles.

Le transfert de devise est de fait très implanté au sein de ces pays avec une majorité de pays dit « receveurs » de transfert d’argent venus de l’étranger. Ces transferts d’argent peuvent représenter jusqu’à 5,85% du PIB comme au Nigéria, qui a reçu 22 milliards de dollars en 2017 d’après le rapport publié par la Banque mondiale.

En revanche, le taux d’équipement des populations en mobile et smartphone est l’un des plus dynamiques du monde. Ce phénomène a été facilité par l’arrivée d’appareils de type smartphone à bas coûts en provenance d’Asie (Corée du Sud, Chine, Taiwan) qui ont de facto favorisé l’émergence des mobiles wallet. D’ailleurs, d’ici 2020, le nombre d’utilisateurs de smartphone devrait doubler, passant à 660 millions, d’après le cabinet Deloitte

Schématiquement, les gens ont des téléphones mais pas de compte en banques !

L’Afrique, une constellation de régions aux sphères diverses

Les différentes régions Africaines présentent des dynamiques totalement distinctes dans le domaine des services financiers car liées à la volonté des états.

Le grand Maghreb (Maroc, Tunisie, Algérie, Egypte) possède un taux de bancarisation plus élevé que le reste de la région et un meilleur équipement en carte de paiement local. En moyenne le taux de bancarisation de cette région est de 35,5% d’après l’almanach du paiement Ppro. Le Maroc ayant même décidé par exemple de suivre le modèle européen en calquant sa règlementation sur le modèle PSD I.

Les zones CEMAC et UEMOA possèdent leur propre banque centrale avec une monnaie, le franc CFA arrimé à l’euro. Cela a favorisé l’émergence d’un paysage règlementaire favorable à la monnaie électronique et amené une unification des pratiques de paiement.

Les anciennes colonies du Commonwealth ont toutes une politique monétaire et économique indépendante avec des investissements importants notamment du Kenya, de la Tanzanie ou du Rwanda dans les infrastructures de télécommunications. Les premiers mobiles wallet sont d’ailleurs nés au Kenya et en Tanzanie avec la mise en place de M-Pesa en 2007.

Des acteurs qui façonnent le paysage du paiement

Indéniablement, les acteurs prépondérants qui façonnent le paysage du paiement en Afrique sont les opérateurs de télécommunication. Dans un continent aussi grand et disparate que l’Afrique, la mise en place de réseaux de télécommunication est une obligation. Encore plus avec l’expatriation et donc la dispersion des populations dans des pays tiers qui souhaitent maintenir le lien avec leur pays d’origine.

Quels moyens de paiement préférés en Afrique ?

Le cash et le mobile wallet sont les rois en Afrique. Il n’y a aucune ambiguïté là-dessus, de par leur imbrication si forte aujourd’hui. Les cartes SIM prépayées sont alimentées par du cash dans des réseaux de distribution extensive tenus par des boutiquiers indépendants. Ce crédit d’argent peut être échangé rapidement entre porteurs sur un même réseau téléphonique mobile.

L’argent est en plus facilement identifiable, car le numéro de téléphonique constitue en lui-même une preuve d’identification. En plus de cela, le mobile wallet est sûr, il évite de se promener avec du liquide sur soi, et offre une solution sécurisée car l’argent, une fois reçu, ne peut être réclamé par l’émetteur.

Et demain ?

Deux grandes tendances sur le marché africain : l’inclusion financière et l’interopérabilité.

L’inclusion financière passe par la possibilité de pouvoir disposer d’infrastructures de paiement à des couts compétitifs pour les populations les plus fragiles. La Société Générale a lancé Yup, calqué sur un modèle proche du Compte Nickel en France. Un compte en banque sans banque.

L’interopérabilité voit l’émergence d’agrégateurs de mobile wallet pour permettre l’achat de services ou de biens en ligne. Jumia, par exemple, le géant Africain concurrent d’Amazon, continue le déploiement de Jumia Pay pour permettre de régler ses achats sans mobile wallet. Les banques centrales, quant à elles, facilitent le paiement instantané via le réseau bancaire, comme au Ghana où l’instant payment a été lancé en 2018.

Les perspectives d’évolution de l’écosystème

En un sens, l’Afrique a un pas d’avance sur beaucoup d’autres régions du monde. Un récent rapport du FMI met en valeur l’importance de l’identification électronique, qui est en passe de devenir la norme ainsi que le mobile wallet qui est déjà une réalité pour 100 millions d’Africains. Le challenge pour les pays Africains est bien de créer des systèmes interopérables. Car pour l’instant il faut multiplier les lignes mobiles pour envoyer ou recevoir de l’argent.

L’autre défi est bien de pouvoir suivre la tendance de l’émergence du e-commerce qui bouscule aussi cette région du monde. Le mobile wallet est aujourd’hui peu adapté à l’utilisation en ligne. Il ne permet pas une expérience client aussi belle que celle du paiement par carte, bien que celle-ci soit moins sécurisée. Aujourd’hui le e-commerce se fait encore avec des paiements à la livraison dans une majorité de cas.

Par Jordan Graison, Head of Sales, Limonetik 

 

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