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Redevance et politique, d’un étrange élan à une grande moquerie….

Rarement un sujet, de sa soudaine mise en avant à l’incroyable mélange d’absurdités qu’il inspire, aura pris une telle allure caricaturale de l’art et de la manière de se moquer du monde.

 DVSM, 30 mars 2019. Supprimer la redevance pour l’audiovisuel public…? Chiche…! Toutefois, il faut se garder d’utiliser de grandes envolées philosophiques pour évoquer un double caillou dans la chaussure de nos décideurs. D’abord, tout ce petit monde feint de s’apercevoir soudain de ce que cette redevance ponctionnée en « adossement » à la taxe d’habitation, laquelle est en voie de suppression, se retrouve sans support de collecte, ou face à la mise en place d’un mode de collecte spécifique, lourd, coûteux. Qui peut croire que ce souci n’avait pas été anticipé…? (Notons au passage que rien ne transpire à propos de ce qu’il advient de ce prélèvement radio-TV chez les contribuables pour lesquels la TH est déjà supprimée). Au-delà de ce handicap très matériel et sans lequel aucune suppression de redevance ne serait probablement envisagée, c’est le second caillou qui se manifeste. Si cette redevance n’a et est pas supprimée (Lionel Jospin l’avait envisagé à l’époque de la fameuse « cagnotte »*) c’est parce que son abolition serait synonyme d’extinction partielle ou totale du service public. Autrement dit, l’engagement dans une aventure politiquement à très haut risque. Car l’audiovisuel national est aussi un noyau syndical sans cesse au bord de l’éruption.

Taxer les téléviseurs, ou les écrans…? Certes, il y a beaucoup d’écrans, smartphones, tablettes, ordinateurs, avec lesquels il est possible de regarder des programmes TV. La volonté de taxer « tous les écrans » a très souvent été évoquée, envisagée, souhaitée… Mais cette mesure, prétendue juste, est sans objet. Les taux d’équipements des uns et des autres sont proches, tant en téléviseurs qu’en écrans connectés. En outre, la redevance obéit au principe d’une taxation par foyer. La possibilité de visionner plusieurs programmes différents (et de l’AV public) n’est pas plus présente avec les nouveaux types d’écrans qu’avec des téléviseurs depuis longtemps en multi-équipement dans de nombreux ménages.

Cette montée soudaine d’adrénaline** sur le sujet remet en scène une vieille question. « Un service public pour quoi faire…? » C’est sans le moindre doute la vraie question. Aujourd’hui, le secteur de l’audiovisuel privé montre sa capacité à fort bien produire des programmes et de l’information en quantité, et sans prélever le moindre centime dans la poche du contribuable, (sauf éventuellement en échange d’abonnements aux conditions bien définies, à des bouquets, de la VOD ou du streaming). L’argument d’une TNT dite gratuite est lui-même quelque peu « culotté ». La supposée gratuité (facturée à chaque ménage du montant de… la redevance) ne sert à financer que les chaînes de l’AV Public. Et chacun sait (mais est-ce le cas du public) que les sociétés qui exploitent des chaînes privées payent leur accès à la TNT comme (et bien plus cher) celui aux réseaux de l’ADSL ou celui vers les satellites. Selon nous, et comme nous l’avons exprimé déjà à plusieurs reprises au fil des années, nombre de programmes diffusés sur les canaux de la TV publique sont loin de relever du domaine du « service public ».*** Cet héritage de « la Voix de la France » ressemble bien plus à la résurgence d’un concept archaïque qu’à un modèle justifié à l’époque des communications numériques.

* Lionel Jospin, « riche » des fruits inattendus d’une croissance soudaine, hésitant entre la suppression de la redevance et celle de la vignette auto, avait choisi la seconde. Cela se passait en 2000. 

** Question qui survient, comme par hasard, le jour où Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé du Numérique est démissionnaire, visant une candidature à la Mairie de Paris, et ne pouvant plus prononcer le moindre avis « gouvernemental ».

*** Les journaux télévisés de France2 ressemblent trait pour traits à ceux de TF1 (Groupe Bouygues), le Cdansl’air de France5 est un talk-show politique comme on en voit des quantités, souvent avec les mêmes intervenants, dans le privé, le « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier est largement dominé par une couverture (certains diront promotion) de sorties de livres et de spectacles, etc.

Source DVSM

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