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Supports physiques, pour la musique et la vidéo, 20 ans, c’était le bon rythme…

Le streaming est-il là pour toujours…? Une sorte de métronome semblait orchestrer la vie des loisirs électroniques par étapes régulières d’environ deux décennies, avec synergies et usages, envolées et fins de règnes. Et soudain…!

 DVSM, 28 avril 2020 – « Souvenirs, souvenirs »…! Ce succès de Johnny Hallyday aurait-il été écrit sous l’effet d’une étrange inspiration aux facettes prospectivistes…? En effet, ce tube retentit -surtout pour ceux qui ont vécu cette période de transition entre années 1950 et 1960-, comme le souvenir d’un moment unique, celui de l’épanouissement d’une grande phase de métamorphose des conditions de vie des ménages, de leurs équipements et de leurs loisirs. Le monde en avait terminé avec une très grosse épreuve, une bonne raison pour tout changer (cela vous inspire quelque chose ?) Naturellement, tout ne s’est pas décanté en une seule Saint Sylvestre. La télévision, les récepteurs radio à transistors, les électrophones, quelques jeunes chanteurs chantant le rêve américain, Europe n°1, l’automobile, le lave-linge, les magasins d’Edouard Leclerc… Ces transformations avaient doucement pris racine. Dans une totale nouvelle époque, car 20 ans avant 1960, l’Histoire en était à une tout autre mésaventure.

1960, voici venir le début de 20 ans de règne sans partage du microsillon. Tandis que les postes à transistors distillent en fin d’après-midi les succès de Salut les Copains, le disque, 45 tours ou « album », commence à remplir des bacs de disquaires. Le support analogique, aujourd’hui noblement devenu le dieu « vinyle » que l’on vénère (dans le nom duquel sommeille la racine « nylon », toute l’aventure du plastique) va doucement évoluer vers la hi-fi, qui prend un véritable envol commercial au milieu de la période, quand l’homme, lassé de ne fouler que son sol rien qu’à lui, ose poser l’empreinte de ses chaussures sur la lune. Grandiose, cet exploit est côtoyé par du grandiose aussi, en analogique.

1980, le microsillon est déjà très bousculé, un peu par l’amorce du numérique (CD), beaucoup par la cassette, bousculade que concrétisent le Walkman (et des innombrables copies) et la mobilité. Les loisirs basculent aussi d’une manière historique sous l’influence de l’image. La vidéo, et le magnétoscope en particulier, cannibalisent les motivations, au grand dam de la musique qui est elle-même tiraillée entre fidélité meilleure et copie à tout va. Le numérique naissant et la mémoire magnétique rayonnante semblent devenir des moyens au futur si tout et tout qu’on le croit éternel. Erreur…

2000, la révolution des supports et des formats plonge encore un peu plus dans le passé non seulement le microsillon, mais aussi les autres médias analogiques. « Le DVD m’a tuer » hurle en accusatrice la cassette VHS et son allié, le magnétoscope. Quant au CD, il commence doucement à… céder sous la pression de la compression. 16 morceaux tenaient sur une galette il y a presque 20 ans. On en met 50, 80… en MP3, sans même avoir besoin de passer par l’hyper du coin, qui a pour sa part commencé à faire la peau aux bacs. Mais cette nouvelle conquête du CD est fragile, car la carte mémoire et le disque dur sont entrés en scène, alors que l’iPod, qui se vante de chasser les pirates du marché, commence à accaparer ce dernier à son propre profit. D’une victoire des bleus à une autre, le moins que l’on puisse constater est que les choses ont totalement changé.

L’an 2020 est engagé, mal qui plus est, car un micro-organisme pathogène s’est invité sur la planète. Et avec cette nouvelle étape, les questions peuvent être posées. La dématérialisation avait pris une part majeure du pouvoir sur les loisirs devenus numériques, ce qui permet dès à présent à l’utilisateur de gambader d’un contenu passif (TV, série, vidéo Youtubisée, musique) ou actif (jeu en ligne, vidéocommunication avec un ami ou un proche de l’autre côté de la rue ou aux antipodes, suivi d’itinéraire plus pubs avec Wase…) à la compilation des pas parcourus depuis quelques jours ou à l’examen de son rythme cardiaque. L’agonie finale de tous les supports a-t-elle commencé, sur le point d’être encore plus définitivement aggravée par le Covid-19 et le confinement qui l’accompagne…? Et avec elle, celle des marchés induits, celui des supports, au sens large, et de ce qu’il faut pour les exploiter. Marchés qui, de fait, étaient déjà très affaiblis, même si, comme dans l’ultime râle d’un mourant, le vinyle laisse croire à la vie éternelle. Alors, quel avenir désormais…? Il ne se vend plus guère ni supports (ou « consommables ») dans les rayons physiques, et plus beaucoup de musique ou de vidéo. Si la carte mémoire joue pour quelques usages (photo) et marchés (consommables) jadis vigoureux, la montée en flèche des sources numérisées que la pandémie dope sans avoir prévenu pourrait bien faire définitivement basculer l’univers des loisirs audio et vidéo jusqu’à un point de non-retour. C’est d’ailleurs probablement déjà fait. La suite dans 20 ans…

Source DVSM

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