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Vinyle, aucune hirondelle n’a jamais réussi à refaire le printemps…

A défaut de nid, voici la niche. Disques analogiques et platines TD sont sur un nuage. Mais dans des proportions limitées, peut-être pas pour l’éternité, une vogue à rapprocher des élans pour le vintage…

– Visions Estivales – DVSM, 16 août 2019. Le passé a toujours un certain avenir. Les appareils photo de la belle époque, la Traction Citroën, les meubles des années 50/60, le Vélosolex… tous ces objets ont leurs passionnés. Tous leurs trouvent de bien meilleures qualités -parfois très réelles- que celles des réalisations les plus récentes, qualités que la high-tech n’efface pas. Le vinyle est-il dans cette logique…? Sans doute un peu. Il bénéficie partiellement de cette tendance nourrie par les souvenirs, et même la nostalgie d’une jeunesse qui s’enfuit. Bien sûr, il serait erroné de contester à l’analogique ce que ses adeptes lui trouvent en qualités purement musicales. D’autant plus qu’à la naissance du CD, fin 1982 début 1983, la reproduction sonore analogique avait réellement atteint des niveaux très élevés, au-delà même de ce que proposait alors le disque compact, tributaire de ses défauts de jeunesse (dont une très perfectible correction des erreurs de lecture).

Depuis cette lointaine époque, la musique numérisée a fondamentalement changé. Les modes de transmission du « high-res » ont atteint des sommets. En outre, personne ne peut nier qu’entre le meilleur analogique et le meilleur numérique, il reste que les deux systèmes sont différents et procurent par conséquent des plaisirs acoustiques excellents mais dissemblables. Toutefois, chacun sait aussi que dans l’analogique des années 2020 (nous y sommes…!) le côté collector (en plus des aspects disco, DJ etc.) pèse lourd. Il y a un peu dans le désir d’écouter du vinyle un comportement comparable à celui consistant à préférer rouler dans un ancien cabriolet britannique d’un demi-siècle d’âge, plutôt que dans un confortable SUV climatisé d’aujourd’hui. Or, pour l’heure, les proportions commerciales ne laissent en aucun cas planer le doute.

Les ventes de platines TD sont en volumes dans un rapport proche de 1 à 100 avec celles des smartphones (ce qui n’a rien à voir protesteront certains lecteurs, mais le mobile d’aujourd’hui est très utilisé pour écouter de la musique). Si cette évaluation tend à renforcer la conviction des adeptes du microsillon dans leur choix, industriels et distribution voient en revanche parfaitement aussi où sont les véritables enjeux. Très numériquement et économiquement parlant… (Encore que souvent, mieux valent de petites niches dynamiques et profitables que de gros marchés très bataillés avec marges squelettiques, donc pourquoi pas les deux…?)

Mais en fait, si une anomalie majeure semble exagérément ignorée, c’est celle de la pauvreté de l’offre en produits pour… écouter de la musique dans de bonnes conditions, ou mieux encore. Le numérique, autrement dit l’univers smartphones + tablettes + ordinateurs + tout le reste est utilisé par les internautes à près de 80% pour les loisirs, dans lesquels la musique se partage avec la vidéo la première place. Il y a avec la musique un océan d’opportunités que bien peu d’acteurs osent aborder (à la différence du camp du vinyle), alors que l’écoute de bonne qualité, sensation purement physiologique, n’a aucune raison de disparaître. C’est un peu comme si, dans l’univers de la table, les robots culinaires faisaient oublier que tout individu aime avant tout se régaler… gustativement, donc physiologiquement.

Quand aux élans « vintage », s’ils ne disparaissent jamais, ils se divisent au fil du temps d’une part en élans de collectionneurs de plus en plus spécialisés, mais d’autre part perdent l’essentiel de leur vigueur quand s’érodent les rangs de populations massivement nostalgiques. La hi-fi a connu ses meilleures années au confluent des années 1970 et 1980.  L’automobile de collection, souvent évoquée sur www.kelerepus.eu (petit frère de dvsm.eu) en arrive à cette étape, qu’un responsable de haut niveau de la Fédération Française des Véhicules d’Epoque résumait ainsi lors du salon Rétromobile 2019 : « des anciennes, les jeunes s’en fichent ». C’est la vie…

Source DVSM

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