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Rentable, le livre numérique…? Une question essentielle…

La persévérance d’Amazon dans son plan d’ouvertures de librairies physiques tendrait à démontrer que non.

 DVSM, juin 2018 – Il y a au moins un mystère dans le monde numérique. Contrairement aux prévisions, mettant à mal les innombrables analyses d’experts qui allaient pratiquement toutes et depuis des années dans le sens d’une disparition inéluctable du livre papier, ce dernier fait de la résistance. Mieux même, car depuis quelques saisons, il redresse la tête, notamment outre Atlantique, doucement, mais assez pour que sa mort soit au minimum reportée. Mystère…? A n’en pas douter, car le bon vieux bouquin était et reste le bien culturel le plus commode à dématérialiser. Tout quidam ayant une connaissance sommaire de ce que sont les fichiers numériques sait que les pages d’écriture ne prennent que peu d’espace.

Rien à voir avec la musique, et encore moins avec la vidéo, les films, les documents, véritables gouffres à gigaoctets pour lesquels la science des électrons a dû être poussée dans ses ultimes retranchements pour rendre raisonnables et exploitables leur stockage et leur transmission. Et encore, attend-on avec impatience les prouesses de la fibre et de la 5G pour que tout devienne plus souple, plus « cool ». Et s’il n’y avait que cela… Car en plus, le livre classique prend de la place et il est fort lourd. Quiconque a une bibliothèque à déménager le sait, et se souvient de contractures musculaires douloureuses ayant ponctué l’opération, ravissant les fabricants de myorelaxants.

Pascal Vandenberghe est directeur général des célèbres librairies suisses Payot, et connaît un peu le sujet. Interviewé tout récemment sur la RTS*, pour cause d’arrivée imminente d’Amazon version physique sur ses terres, il explique sans détour que si cette entreprise ouvre des librairies classiques, c’est parce que, selon lui, cette activité en version ligne n’est pas rentable. Certes, pour résister à cette nouvelle concurrence, il a fallu au libraire suisse « adapter de nombreuses choses, explique-t-il en substance, à commencer par une offre très élargie, passant de 60.000 à 100.000 titres. » Cette seule évocation permet d’imaginer les infrastructures nécessaires pour gérer la version e-commerce de la librairie.

Toutefois, il y a aussi à considérer la nature proprement dite du produit, et de ses consommateurs. D’une manière général, une très grande proportion de la population lit très peu (voire pas du tout), et une fraction réduite lit intensément. D’où une fidélisation bien plus robuste pour le livre que pour les biens audio-vidéo. Les lecteurs conservent en outre une part importante des ouvrages qu’ils lisent, les accès en ligne, en streaming ou téléchargement de la musique ou du film n’ayant pas une équivalence pertinente. Sans parler de l’attachement au papier, quasi sensuel, et des aspects de manipulation qu’en dépit de leurs mérites, les ouvrages numérisés ne possèdent pas. Ce ne sont que des éléments indicatifs. Et ils ne sont peut-être pas suffisants pour qu’à très long terme, le numérique ne finisse pas par prendre le dessus. D’ailleurs, des catégories particulières, comme les encyclopédies, ont déjà payé un lourd tribut à la révolution digitale. Même chez Amazon, toutes les réponses aux questions n’ont à l’évidence pas encore trouvé de réponses. Alors, en attendant, mieux vaut vendre physiquement…

*Radio Télévision Suisse

Source DVSM

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