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Centre ville, l’inexorable chute d’un commerce mal ou peu (voire pas ?) organisé.

L’hypermarché, loin s’en faut, n’est pas le seul responsable de la migration du commerce vers les périphéries urbaines. Ce sont aussi et même surtout les clients, influencés non par une menace, mais par une simple et très pragmatique attractivité, qui sont partis. Voici pourquoi…

 DVSM, 7 mars 2020. Une maladie mal diagnostiquée conduit à la mort du patient et non à sa guérison. Pas question ici de coronavirus ou autre épidémie. Mais bien de ce centre de ville, jadis rempli de ses avenues animées de nombreux commerces, et désormais désertée, tant dans le sens de la désertification que par celui de la désertion. Or, si l’on entend les multiples analyses qui se propagent à qui mieux-mieux dans les médias, la « grande distribution » (nous sommes presque dans l’univers du gros mot) fait inéluctablement figure de coupable. Aussi faux qu’idiot ! En effet, ni Carrefour, ni Auchan, ni Leclerc n’ont utilisé la moindre violence pour attirer les clients dans leurs allées. Clients qui, les uns après les autres, ont fini par se rendre là où des côtés pratiques et attrayants étaient réunis. A commencer par le fait de trouver tout en un seul endroit* facile d’accès. Avec en embuscade ce point devenu la trop redondante rengaine dans les analyses de ce phénomène, le parking gratuit et largement disponible. Un avantage, certes incontestable, face aux difficultés pour se garer en ville, avant même l’épidémie du stationnement payant, pour le cœur urbain un mal ajouté au mal. Mais qui n’explique pas tout. Inutile d’y revenir. Les prix bas aussi ont joué un rôle très important**, mais qui n’est plus, depuis longtemps, le seul moteur du trafic, lequel n’est d’ailleurs plus seulement vers l’hypermarché, mais vers les galeries marchandes et les zones commerciales. 

Rarement (comprenez « jamais ») l’attrait d’une amplitude horaire très élargie, en particulier le soir, n’est citée dans les arguments attractifs du commerce nouveau ayant fait son apparition au cours des 30 glorieuses. Pourtant, le fait d’être accessible jusqu’à 22 heures répondait à une réalité sociale essentielle. Durant ces 3 décennies, plusieurs millions de femmes ont rejoint le monde du travail. Plus question d’aller faire des achats dans la journée. A cette réalité, le commerce en ville n’a visiblement rien compris, et tranquillement snobé la tendance, ce qui, aujourd’hui, reste un fait très concret. Le soir, noir c’est noir. Et comme plus personne ou presque ne fréquente rues et avenues passé le début de soirée, même les bars, restaurants et autres lieux qui auraient pu être autant de lieux de convergence baissent leur rideaux, faute de combattants, comprenez de clients.

La faiblesse d’un commerce individuel face à des groupes structurés est également une, voire la cause essentielle de sa défaite. En effet, le centre-ville fut longtemps animé par des « commerçants », dans le sens le plus élémentaire (et nullement péjoratif). Autrement dit, des affaires personnelles, gérées par des professionnels certes compétents, mais de plus en plus désarmés car seuls face à des entités dans lesquelles l’union faisait et fait toujours la force (et parfois la faiblesse). Retenons cette comparaison, à titre d’exemple. Etre « boulanger » signifie être en possession d’un savoir-faire, faire du pain, des croissants… En revanche, une boulangerie est une entreprise, et le boulanger qui gère un tel établissement n’est plus seulement un expert de la pâte et du levain. C’est un gestionnaire. Lequel ne peut, hélas, être « en même temps » virtuose de la baguette, de la gestion, du marketing, des problèmes juridiques… L’artisan du bon pain est dans la même situation que le spécialiste des fruits et légumes, de la viande, de la chaussure, etc.

C’est de cette faiblesse, dans l’analyse et dans les moyens de répliquer que ce commerce individuel a doucement perdu ses moyens, souvent sans même s’en apercevoir, car durant ces années de transition, la croissance a largement stimulé la consommation, tandis que  la périphérie commerçante ne s’implantait pas partout au même moment. Un changement d’ère masqué par des besoins que la démographie et le pouvoir d’achat occultaient, un peu comme de redoutable pièges sournois. Il faut remarquer que dans la plupart des cas où des établissements vivent encore d’une manière dynamique et maintiennent cette animation de nos jours tant recherchée du centre-ville, nombre d’entre eux appartiennent, via des franchises, des adhésions à des groupements ou même étant intégrées à des enseignes propriétaires. Des organisations où les moyens et les outils peuvent être partagés utilement. De l’analyse des zones d’implantation à la communication, en passant par les services comptables, juridiques, financiers, et même certains parrainages (c’est toujours mieux face à un banquier), la panoplie est d’une telle nature à laquelle un individu seul ou une petite équipe ne peuvent répliquer correctement.

* Tout en un lieu n’est pas un argument nouveau, puisqu’il a été depuis la nuit des temps l’attrait des marchés et des foires locales  

** Il ne faut pas oublier que dans les années 60, le dernier conflit armé, terminé depuis seulement 15 ans, avait laissé un pays largement détruit, hanté par des pénuries multiples, à commencer par celle du logement. Les initiatives d’Edouard Leclerc et de l’Abbé Pierre se nourrissaient du même syndrome. Ce qui a laissé des traces dans tous les ménages hors classes aisées, dont l’obsession de faire des économies. Lesquelles se sont avérées d’autant plus indispensables que parallèlement, est arrivée une phase puissante d’offres de biens d’équipements durables, réfrigérateurs, lave-linge, téléviseurs, aspirateurs… Ce qui a amplifié la nécessité d’un second salaire dans bien des familles, aux prises avec les dépenses héritées d’une natalité vigoureuse. 

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